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18/08/2012

Résurrection et corps glorieux dans le "Traité des deux natures"


1299819506.jpgNous faisions précédemment référence, à l’occasion de la parution d’un article de Jean-Marc  Vivenza sur « Louis-Claude de Saint-Martin et le corps de matière ténébreuse [1] », à la profonde unité de vue, soulignée par l’auteur de cette contribution, concernant la nécessaire dissolution de la chair de corruption dans l’économie de la Réparation, entre Martinès de Pasqually, Willermoz et Saint-Martin, les tenants de l’illuminisme chrétien au XVIIIème  siècle.

Nous souhaiterions illustrer ce point, par un extrait du Traité des deux natures, de Jean-Baptiste Willermoz (Bibliothèque municipale de Lyon, fonds Willermoz, ms. 5940), confirmant cette perception du thème de la résurrection et des corps glorieux, et qui n’est pas sans évoquer cette infaillible sentence, contenue dans l’Instruction secrète qui marque le sublime aboutissement et infuse l’ensemble de la doctrine du Régime Rectifié :

« Toute forme de matière doit infailliblement se détruire et se décomposer [2].»

« Mais à peine le troisième jour est commencé, il ressuscite glorieusement du tombeau par sa propre divine puissance, et commence à se montrer à ceux qui l’ont aimé le plus tendrement, sous une nouvelle forme corporelle, en tout point semblable à celle dans laquelle il avait vécu parmi les hommes, mais glorieuse et impassible, dont il se revêt, et qu’il fait aussi disparaître à son gré. C’est avec cette même forme glorieuse qu’après avoir conversé, marché, mangé pendant quarante jours, leur apparaissant subitement et disparaissant aussi subitement de devant eux quand il lui plaît, après leur avoir demandé de baptiser en son nom, d’enseigner aux hommes le mystère ineffable de la Trinité divine du Père, du Fils et du Saint-Esprit, faisant un seul Dieu, qu’il monte glorieusement au ciel en leur présence, où il sera rendu visible aux anges et aux hommes sanctifiés, dans cette forme humaine glorifiée.

Mais quelle est donc la nature de cette nouvelle forme corporelle, et qu’est-ce qui constitue la différence essentielle de celle-ci sur la première ? demanderont ces hommes charnels et matériels qui ne voient rien que par les yeux de la matière, et ceux qui sont assez malheureux pour nier la spiritualité de leur être, et ceux aussi qui, attachés exclusivement au sens littéral des traditions religieuses, ne veulent voir dans la forme corporelle de l’homme primitif avant sa chute, qu’un corps de matière comme celui dont il est actuellement revêtu, en y reconnaissant seulement une matière épurée. C’est Jésus-Christ lui-même qui va leur prouver la différence essentielle de ces deux formes corporelles et leur destination, en se revêtant de l’une après sa résurrection, après avoir anéanti l’autre dans le tombeau.

Jésus homme-Dieu voulant se rendre en tout semblable à l’homme actuel, pour pouvoir lui offrir en lui un modèle qu’il pût imiter en tout, s’est soumis à se revêtir en naissant d’une forme matérielle parfaitement semblable à celle de l’homme puni et dégradé. Elle diffère cependant en ce point unique que la forme matérielle de l’homme conçu dans la concupiscence de la chair est corruptible, au lieu que la forme matérielle de Jésus, conçue par l’unique opération du Saint-Esprit et sans aucune participation des sens matériels, est incorruptible. Mais Jésus-Christ dépose dans le tombeau les éléments de la matière, et ressuscite dans une forme glorieuse qui n’a plus que l’apparence de la matière, qui n’en conserve pas même les principes élémentaires, et qui n’est plus qu’une enveloppe immatérielle de l’être essentiel qui veut manifester son action spirituelle et la rendre visible aux hommes revêtus de la matière. Si on pouvait encore douter de cette importante vérité, qu’on réfléchisse sérieusement sur les étonnantes apparitions sous formes humaines de l’archange Gabriel à Marie et à Zacharie, père de Jean-Baptiste, sur celles des anges envoyés à Abraham pour lui prédire la naissance d’Isaac et la punition de Sodome, de l’ange conducteur du jeune Tobie, et d’un grand nombre d’autres apparitions semblables des esprits purs, dont la forme corporelle a été réintégrée en eux-mêmes et a disparu aussitôt que leur mission particulière était terminée. Elles prouvent toutes les mêmes vérités. Jésus-Christ ressuscité se revêt de cette forme glorieuse chaque fois qu’il veut manifester sa présence réelle à ses apôtres pour leur faire connaître que c’est de cette même forme, c’est-à-dire d’une forme parfaitement semblable et ayant les mêmes propriétés, dont l’homme était revêtu avant sa prévarication ; et pour leur apprendre qu’il doit aspirer à en être revêtu de nouveau après sa parfaite réconciliation, à la fin des temps.

C’est là en effet cette résurrection glorieuse des corps qui seront en même temps changés pour les hommes réconciliés, ainsi que l’exprime saint Paul, mais qui ne seront pas changés pour les réprouvés. C’est enfin cette résurrection glorieuse dont la manducation réelle du corps et du sang de Jésus-Christ en apporte dans tous ceux qui y participent dignement, le germe fructificateur. »

 

[1] http://jean-marcvivenza.hautetfort.com/archive/2012/08/06/louis-claude-de-saint-martin-et-le-corps-de-matiere-tenebreu.html

[2] Instruction secrète des Chevaliers Grands Profès, fonds Georg Kloss, Bibliothèque du Grand Orient des Pays Bas, La Haye (1er catalogue, section K, 1, 3).

16/08/2012

"Le corps de matière ténébreuse" (compte-rendu)

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A propos d'un article paru sur le Blog de Jean-Marc Vivenza sur "l'anéantissement de la chair de corruption & l'accès à l'état céleste selon le Philosophe Inconnu."

 

Nous souhaiterions signaler la diffusion d’un texte consacré à l’importante question du composé matériel et de la chair –  importante, disons-nous, puisque la compréhension de ce fondement doctrinal conditionne, pour toute âme de désir, une certaine qualité d’approche de la finalité du processus initiatique lui-même – : « Louis-Claude de Saint-Martin et le corps de matière ténébreuse – L’anéantissement de la chair de corruption et l’accès à l’état céleste selon le Philosophe Inconnu. »

L’article, témoignant de la  pensée réelle de Saint-Martin à l’égard de ces questions, fait suite à celui publié le 26 mai 2012, et portant sur « Le Régime Ecossais Rectifié et la doctrine de la matière. »

« La doctrine, à propos du monde matériel et sa dissolution finale, nous dit-on justement, est d’ailleurs absolument identique chez les trois représentants principaux du courant de l'illuminisme mystique en France au XVIIIe siècle, que furent Martinès de Pasqually, Willermoz et Saint-Martin. » 

Mais Saint-Martin, doté d’une plume littéraire aiguisée, pousse plus loin encore que Jean-Baptiste Willermoz,  sa noire description de la réalité de ce monde, ce qui n’autorise aucun espace, pour qui en douterait encore, au simple usage consolant, un rien mièvre, parfois, que l’on fait des écrits du théosophe d’Amboise. Il n’est qu’à lire, sur ce point, les abondantes citations de l’auteur, extraites notamment (et de la façon la plus saisissante), du Nouvel Homme, des Leçons de Lyon, ou Des erreurs et de la vérité.

Car l’enjeu de ce sombre constat, le dépasse en sublime destination ontologique : c’est que l’opération de dissolution de la matière n’est pas une morne fatalité – qui nécessiterait, par exemple, d’être contrée par des errements  théologiques plus "rassurants" et reposant, en réalité, sur des bases matérialistes – mais une condition nécessaire à la réintégration de toute chose en son principe, poussée, chez Saint-Martin (et notamment dans son posthume Traité des bénédictions), jusqu’au plus étonnant paroxysme : celui de nous ouvrir l’accès au « culte éternel du créateur », c’est-à-dire, comme l’indique Jean-Marc Vivenza, au « secret ultime qui explique pourquoi la matière est amenée, nécessairement, à être dissoute et à disparaître pour l’éternité » ; et, citant Saint-Martin :

« La bénédiction de réintégration de la matière est l'acte final de son existence. Le but de la dissolution de la matière est de rendre à tous ces êtres le libre exercice des lois de leur première nature, c'est de rendre les êtres divins à la simplicité dé leur action divine (…) qui est de participer au culte éternel du Créateur (…) en ramenant tout à l'Unité.» (Traité des Bénédictions)

 

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« Voyez-vous l’univers entier s’enfoncer dans le néant, et perdre à la fois toutes ses formes et toute son apparence ? Voyez-vous tous ces esprits purifiés s’élever dans les airs, et ne montrer qu’une clarté éblouissante à la place de toutes ces matières qu’ils ont consumées, et qui ne sont plus ? »

(L’Homme de désir, § 203)