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29/06/2013

"De même leur échappe la clé de ses livres, qui est le système de la réintégration par la régénération de l’homme."

« Saint-Martin », par Robert Amadou (préface à l’édition établie et commentée de l’Homme de désir, 1973)

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Photo tirée du film Le martinisme, des origines à nos jours, de Laurent Germain Maury, Mercure production.


Louis-Claude de Saint-Martin est né à Amboise, le 18 janvier 1743. A trois ans, il perd sa mère ; à six ans, il trouve une mère qui incarne la mère idéale. Elle l’enchantera. Les études commencées avec un précepteur, se poursuivent au collège de Pontlevoy (1755-1758), puis à la Faculté de droit de Paris (1759-1762), d’où il sort licencié. Premières lectures, premières empruntes : Abadie, Burlamaqui (il adhère), la tourbe philosophique (il réagit là-contre) ; et, bien sûr, les romans, le théâtre, la poésie tant des anciens que des classiques et des contemporains (il goûte et prend garde). La musique le séduit pour la vie : théorie de l’harmonie et pratique du violon.

S’il avait occupé plus de six mois (1764-1765) l’office d’avocat du roi au bailliage et au présidial de Tours, il eût sans doute succombé à la tentation, qu’il avouera, de se suicider. L’état militaire lui agrée d’avantage. Il y demeure six ans (1765-1771). Dès son arrivée au Foix-Infanterie, alors stationné à Bordeaux,  des camarades le devinent et l’initient aux mystères maçonnico-théurgiques des Elus Cohen : initiation selon l’externe. A partir de 1768, il passe ses quartiers d’hiver auprès de Martinès de Pasqually, fondateur et grand souverain de l’Ordre, son premier maître. En 1771, il abandonne le service pour mieux suivre la « carrière ». Il réside à Lyon, en Touraine, à Paris surtout où le succès équivoque des Erreurs et de la vérité l’introduit dans le monde. Par deux fois, il visite l’Italie (1774 et 1787-1788), un voyage le mène à Londres (1787). Vite, il s’est méfié des chapelles, sauf à y porter la bonne parole et la discorde ; sauf aussi qu’à Lyon, en 1785, il s’éprend des communications médiumniques de l’ »Agent inconnu ». Il ne tarde pas à s’en déprendre, mais il en gardera la trace : c’était du martinésisme sauvage.

Surgit, à Strasbourg, en 1788, son deuxième maître, le cordonnier illuminé de Goerlitz, le chérissime Jakob Boehme (1575-1624), qu’il rencontre grâce aux ouvrages à lui tendus par sa chérissime Charlotte de Boecklin ; Jakob Boehme dont il ne tâchera plus qu’à célébrer le mariage avec Martinès. La Révolution française l’éprouve et l’emplit d’espoir ; la providence y place la mort de son père (1793). Thermidor arrive à point pour que sa situation ne se gâte. Très attentif, Saint-Martin se renseigne amplement, mais enseigne avec discrétion, dans maintes conférences particulières et dans une conférence publique avec Garat, en 1793 ; dans des livres de marche moyenne, souvent lente. Aucun discours de lui qui n’encourage l’homme de désir et ne lui apprenne, au-delà de l’ecce homo, comment et pourquoi naît le nouvel homme, auquel incombera le ministère de l’homme-esprit. Le Philosophe Inconnu, comme il avait obtenu qu’on le désignât, mourut le 14 octobre 1803, à Châtenay près Paris, assez ignoré et mal compris.

L’ignorance et l’incompréhension n’ont pas encore disparu. Car les causes en persistent.

Le ressort de l’homme vibrait en son cœur de penseur et d’apôtre romantique, d’amoureux nostalgique de toutes les amours, persuadé qu’un seul est nécessaire et condamne les autres. Qu’en percevraient les gens du torrent ? De même leur échappe la clé de ses livres, qui est le système de la réintégration par la régénération de l’homme. Il décida d’y sacrifier une partie de sa vie, une partie de lui-même. En discernant cette clé, on réhabilite, dans leur vérité trine, Saint-Martin et ses livres et le sacrifice de l’auteur à son œuvre, laquelle n’avait, en fin de compte, d’autre but que de détourner les hommes, y compris leur auteur, de tous les livres sans excepter les siens.

Des siens voici les principaux : Des erreurs et de la vérité (1775) ; Tableau naturel des rapports qui existent entre Dieu, l’homme et l’univers (1782) ; L’Homme de désir (1790) ; Ecce home (1792) ; Le Nouvel homme  (1792) ; Lettre à un ami… sur la Révolution française (1795) ; Eclair sur l’association humaine (1797) ; Le Crocodile (1799) ; De l’Esprit des choses (1800) ; L’Aurore naissante (1800, trad. de Boehme) ; Le Cimetière d’Amboise (1801) ; Des Trois principes de l’essence divine (1802, trad. De Boehme) ; Le Ministère de l’homme-esprit (1802). Et ceux qui furent publiés après sa mort : Œuvres posthumes (1807) ; Quarante questions (1807, trad. De Boehme) ;  De la triple vie de l’homme (1809, trad. De Boehme) ; Des Nombres  (1843) ;  Mon portrait historique et philosophique (1961) ; divers recueils de notes, cahiers, etc. (depuis 1959).

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Saint-Martin, portrait, © Société des indépendants


« Il résulte de tout ceci que c'est un excellent mariage à faire que celui de notre première école et notre ami Boehme. C'est à quoi je travaille, et je vous avoue franchement que je trouve les deux époux si bien partagés l'un et l'autre, que je ne sais rien de plus accompli. Ainsi prenons-en tout ce que nous pourrons ; je vous aiderai de tout mon pouvoir. » (L.-C. de Saint-Martin, Lettre à Kirchberger, 11 juillet 1796)