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11/11/2015

"La méthode de l’oraison et de la contemplation mystique selon Louis-Claude de Saint-Martin"

A propos de la parution de l’ouvrage de Jean-Marc Vivenza, Pratique de la prière intérieure pour conduire l’âme à l’union avec la Divinité, aux éditions La Pierre philosophale (octobre 2015)

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« Notre œuvre est que Dieu dans nous soit tout, et nous rien. » (Ecce Homo, § 4)

 

Mis à distance de l’environnement culturel de sa fondation en structure initiatique par Gérard Encausse (dit "Papus") en 1891, le martinisme, fort éloigné de l’apparence d’une religiosité de salon qui lui fut apposée, réfère à la vertigineuse révélation de ce en quoi consiste l’authentique perspective sacerdotale : l’exercice concret de la liturgie interne d’un "saint ministère", et d’une œuvre d’oraison dédiée à la génération du Verbe dans le centre de l’âme, en vue de la « préparer à la réception d’une grâce d’élection capable d’édifier en chacun de nous, les fondements de la véritable Église, désignée, et en bon droit, comme étant "l’Église intérieure", afin qu’elle devienne le "Sanctuaire de la Divinité"[1]. » C’est dans cette mesure, seulement, qu’il exprime un «  réel lien de fidélité vis-à-vis de la pensée de Louis-Claude de Saint-Martin (1753-1803)[2] », qui nous questionne – et sans aucun doute, s’agit-il de son ultime vérité – sur le lien entre la « pensée de Dieu », et l’âme de l’homme[3], et sur la façon dont il convient que les esprits "émanés" de la pensée de Dieu, accomplissent leur vocation sacramentaire.

Encore fallait-il, pour que cette perspective de l’Esprit – faisant du saint-martinisme, une authentique discipline purgative de réconciliation, et de sanctification – soit entendue, qu’elle bénéficie de clés théoriques et pratiques, nécessaires à la mise en œuvre de son projet.

Faisant suite au fort volume consacré à l’Église intérieure[4] (2013) et à ce véritable sacramentaire qui en précisait l’exercice concret de son culte interne[5] (2014), cette Pratique de la prière intérieure, disposition constante de l’âme, et préalable nécessaire à l’exercice d’une liturgie elle-même dégagée des éléments de visibilité issus du composé matériel, signale le lien intime et immédiat, entre les indications du théosophe d’Amboise, et les grandes intuitions fondatrices du courant immatérialiste, comme de la mystique de l’oraison. Une sentence en résume l’enjeu : « Notre œuvre est que Dieu dans nous soit tout, et nous rien… » (Ecce Homo, §4). Ce qui implique une claire conscience et un examen du néant auquel est configurée la réalité matérielle, de même que l’homme, qui en est conçu et constitué sur le plan charnel, un homme destiné à une vie "en esprit", à distance des liens de la matière corrompue, alors qu’il « n’est, ne vit et n’agit que dans la vanité et le néant » (Le Nouvel Homme, §23)

Dans cette unique perspective de l’esprit, la nature de l’oraison en découle : oraison dite de "simplicité", "d’abandon", de "délaissement", consistant « beaucoup moins à prier Dieu, qu’à laisser Dieu prier en nous[6] », elle nous fait cheminer, si nous y consentons, jusqu’à la lisière de l’être, où se déploie, par une grâce opérante, la vision surnaturelle de sa fragilité : « Dans ce repli invisible de l’être, que n’éclaire aucune lumière matérielle, et que ne visite que l’essence divine, s’accomplit le miracle qui scelle le mariage du fini et de l’Infini, de substance à substance, où sont célébrés les éternels mystères de la génération du Verbe[7]. »

L’une des singularités de ce traité de dévotion, est d’en fixer, aussi, le dépouillement des contours, si nécessaire à l’exercice spirituel, lorsque sa vocation est de n’exprimer que la "simple présence", la "foi nue", le "repos en Dieu" pour lequel « une seule action est nécessaire, ne rien faire et laisser Dieu agir, s’abandonner[8] ».

Mais cette discipline ascétique, qui « nous entraîne dans les subtilités de la voie négative, insistant sur le nécessaire et radical dépassement des facultés analytiques et cognitives[9] », par son dépouillement, contient une difficulté majeure : celle de nous confronter à « la nuit obscure de la foi. Ce que saint Jean de la Croix (+ 1591), désigne sous le nom de "nuit de l’esprit", ou François Malaval (1627-1719), comme étant la "divine ténèbre[10]." »

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« Dieu opère silencieusement dans l’âme, il dissout la substance spirituelle et l’absorbe en une profonde et absolue obscurité au point que l’âme se sent fondre, se voit anéantie dans une cruelle mort de l’esprit à la vue directe de ses misères. L’âme va alors souffrir dans cette nuit obscure, de l’horreur de ténèbres inquiétantes, affreuses, et douloureuses, qui, en attaquant l’intime essence de l’esprit, paraîtront des ténèbres substantielles. L’âme ressent le vide d’un pendu ; et pourtant, ce nettoyage des cavernes de l’être est nécessaire, il importe que l’âme soit détruite, anéantie, que sa substance disparaisse. Plus l’âme est ainsi purifiée dans sa substance et ses facultés lors de la nuit de l’esprit, plus la substance divine l’absorbe d’une manière profonde, subtile et élevée dans sa divine lumière[11]. »

 

Il est dit, dans l’une des dix prières de Saint-Martin clôturant l’ouvrage :

« J’ose donc t’implorer du sein de mes abîmes ; j’ose appeler à mon secours ta main bienfaisante pour qu’elle daigne s’employer à ma guérison. »

 

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Sur le site de l’auteur :

« La pratique de la prière intérieure pour conduire l’âme à l’union avec Dieu »

A lire également :

Comment prier avec Louis-Claude de Saint-Martin ?

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& le site des éditions La Pierre Philosophale

 

 

[1] Jean-Marc Vivenza, Le culte en "Esprit" de l’Église intérieure, éditions La Pierre Philosophale, septembre 2014, p. 36.

[2] Jean-Marc Vivenza, Le mystère de l’Église intérieure, livret complémentaire, éditions La Pierre Philosophale, octobre 2015, p. III.

[3] « L’âme de l’homme est une pensée du Dieu des êtres. » (L.-C. de Saint-Martin, Le Nouvel Homme, § 3)

[4] Jean-Marc Vivenza, L’Église et le sacerdoce selon Louis-Claude de Saint-Martin, , éditions La Pierre Philosophale, décembre 2013.

[5] Jean-Marc Vivenza, Le culte en "Esprit", op. cit., ouvrage dont on ne négligera pas l’importance considérable, et au sujet duquel il est dit : « N’oublions pas que c’est sans doute la première fois que des indications de cette nature sont offertes aux âmes de désir, chacun saura donc évaluer, et percevoir comme il se doit, le caractère tout à fait exceptionnel de ces lignes qui participent véritablement du dévoilement du « mystère » le plus central et le plus secret de l’Église intérieure, puisque touchant directement la célébration de son culte secret, invisible aux yeux charnels, mais dont les fruits sont si importants pour la vie de l’Esprit cheminant dans la voie selon l’interne. » (p. 104) Il convient d’y adjoindre le livret, aux mêmes éditions, accompagnant l’enregistrement de l’entretien entre Jean-Marc Vivenza et Jean Solis, réalisé par Baglis TV en avril 2014, et contenant deux textes essentiels : « Comment être membre de l’Église intérieur ? », et « Règle de vie abrégée de l’âme intérieure ».

[6] Jean-Marc Vivenza, Pratique de la prière intérieure, éditions La Pierre Philosophale, octobre 2015, p. 33.

[7] Ibid, p. 64.

[8] Ibid, p. 81.

[9] Ibid, p. 74.

[10] Ibid, p. 83.

[11] Ibid, p. 85.