Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

10/09/2016

Louis-Claude de Saint-Martin & l’alchimie : « Ils ne font que se matérialiser insensiblement, et s’enterrer dans des décombres très étrangers à leur nature »

 

GameScape3.jpg

 

 « Il est impossible à qui que se soit de démontrer par le raisonnement, encore moins par les faits purement matériels (qui ne seraient alors que négatifs) que la pierre philosophale est impossible. Aussi n’est-ce pas ce que je me suis proposé de faire, et vous avez raison de dire que la question ainsi posée n’est pas décidée contre les alchimistes dans l’ouvrage. Mon seul but a été de leur dire que quand bien même la chose serait possible, ce ne doit pas être là l’œuvre de l’homme qui étant spirituel par sa nature, ne doit jamais agir que spirituellement, et n’opérer que des œuvres divines qui prouvent à tout l’univers qu’il y a un Dieu suprême, qui a donné à l’homme le droit de régénération, de réconciliation, et de sanctification par les vertus des esprits purs et divins qu’il a établi pour cela au-dessus de nous et autour de nous. Ne cherchez donc pas à combattre la réalité de la pierre avec vos frères qui de leur côté ne sont admissibles à la soutenir que par des faits positifs, mais portez continuellement leur esprit sur des objets plus dignes d’eux, et faites-leur sentir que malgré les belles idées intellectuelles qu’affectent sans cesse les partisans de cette science, ils ne font que se matérialiser insensiblement, et s’enterrer sous des décombres très étrangers à leur nature, et dont il leur faudra plus de temps qu’ils ne pensent pour se dégager, s’ils n’y travaillent pas de tout leur cœur dès ce monde, et avant d’entrer dans leurs cercles futurs de purification. Je vous assure mon cher M° que si les hommes savaient sur cela ce que je découvre tous les jours, s’ils savaient à quelles épreuves la pauvre âme humaine est soumise hors de ce monde lorsqu’elle n’est pas pure et dégagée de tout alliage matériel, ils jetteraient bientôt de côté toutes leurs idées physiques et abrutissantes pour se jeter à corps perdu dans les bras et l’esprit de Dieu, pour y joindre leurs gémissements aux siens, pour s’unir aux pâtiments de J.C. la seule chose qui avance ici-bas, la seule chose qui instruise, qui guérisse, qui enrichisse, qui purifie. Mais cette épouvantable matière écrase malheureusement nos pauvres esprits, et nous lui aidons encore de notre mieux, dans la crainte qu’elle ne soit pas assez forte pour nous ensevelir[1]. »

Louis-Claude de Saint-Martin, « Au conseiller » », le 18 mai 1782 (Lettres aux du Bourg, d’après l’édition de Robert Amadou, Paris, 1977, n°XXXVIII, pp. 51-52)

 

serpent 01.png

 

[1] Ces mises en garde, en climat maçonnique, deviendront, chez Jean-Baptiste Willermoz, un élément de sévère disqualification initiatique, fermant l’accès, pour ceux qui s’adonneraient à la « science des Adeptes », aux classes supérieures du Régime Écossais Rectifié  :

 

« Cependant il existe une classe de Maçons que nous devons vous dénoncer aujourd'hui, parce qu'ils s'abandonnèrent en effet dans une route absolument opposée à la science spirituelle Divine dont vous allez faire profession.

La même erreur qui détourna l'homme primitif de ses actes spirituels pour le fixer aux résultats ténébreux de la matière, forme la base de la science des Adeptes : c'est dans la décomposition des êtres matériels et par les manipulations de leur art qu'ils espèrent découvrir une vraie lumière pour l'homme, et de trouver l'esprit vivifiant de la Nature. Mais celui qui est éclairé sur la vraie science sait que ce n'est pas dans la matière qu'il faut chercher ni la lumière ni l'esprit de la vie.

Pour favoriser leur succès dans ces vaines recherches, les Adeptes ont été assez aveugles pour emprunter de la vraie science quelques-uns de ses moyens, et pour adresser leur prière sacrilège au Grand Architecte de l'Univers, comme s'ils pouvaient ignorer la loi qu'il a imposée aux hommes de s'élever sans cesse au-dessus des actes matériels, pour lui édifier des Temples dignes de lui.

Ainsi ce qui doit vous éloigner de l'art des Adeptes, c'est qu'ils emploient les moyens les plus incompatibles en les croyant également nécessaires au succès de leurs œuvres ; c'est que dans cette vue ils joignent à leurs manipulations des actes d'un ordre supérieur qu'on ne peut jamais, sans une insigne profanation, prostituer par des résultats matériels.

D'ailleurs tout ce que l'alchimiste le plus opiniâtre et le plus versé dans son art peut espérer de sa persévérance, c'est de pénétrer jusqu'aux Principes élémentaires des Etres Corporels soumis à ses manipulations, et d'en obtenir des phénomènes différents de la loi d'action temporelle individuelle qui leur est propre. Or c'est précisément là ce qui démontre la vanité de la science des Adeptes, puisqu'ils ne sauraient se procurer par ces Etres de vie apparente aucun fruit vraiment propre à l'homme.

C'est pourtant là l'unique terme de la Science dont ces hommes aveugles ne parlent qu'avec enthousiasme et qui les écarte en effet du seul objet digne de leurs recherches, c'est-à-dire de cette lumière que tout homme peut apercevoir lorsqu'il emploie les moyens qui sont en lui-même et dans la nature.

Voilà, mon cher Frère, ce que vous ne deviez point ignorer sur la Maçonnerie des Adeptes. Souvenez-vous, lorsque vous serez dans le cas de donner votre suffrage pour l'admission d'un Profès, que vous devez examiner rigoureusement ceux qui ont été partisans de l'art, et que vous ne devez jamais l'accorder avant qu'ils se soient eux-mêmes convaincus qu'un pareil travail ne peut s'allier avec la Profession des Sciences spirituelles Divines.

Mon cher Frère, les instructions que vous venez d'entendre ont été destinées par nos instituteurs à faire entrevoir aux Profès le vrai but des initiations anciennes. Donnez-y l'attention la plus sérieuse, pour que le bien que nous avons voulu faire ne serve pas à votre condamnation.

Nous supplions le Grand Architecte de l'Univers, quelles que soient les connaissances que vous pourrez acquérir, de vous préserver par sa bonté infinie du malheur d'en abuser. »

(Bibliothèque Municipale de Lyon, Ms 5475)