Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

10/09/2016

Louis-Claude de Saint-Martin & l’alchimie : « Ils ne font que se matérialiser insensiblement, et s’enterrer dans des décombres très étrangers à leur nature »

 

GameScape3.jpg

 

 « Il est impossible à qui que se soit de démontrer par le raisonnement, encore moins par les faits purement matériels (qui ne seraient alors que négatifs) que la pierre philosophale est impossible. Aussi n’est-ce pas ce que je me suis proposé de faire, et vous avez raison de dire que la question ainsi posée n’est pas décidée contre les alchimistes dans l’ouvrage. Mon seul but a été de leur dire que quand bien même la chose serait possible, ce ne doit pas être là l’œuvre de l’homme qui étant spirituel par sa nature, ne doit jamais agir que spirituellement, et n’opérer que des œuvres divines qui prouvent à tout l’univers qu’il y a un Dieu suprême, qui a donné à l’homme le droit de régénération, de réconciliation, et de sanctification par les vertus des esprits purs et divins qu’il a établi pour cela au-dessus de nous et autour de nous. Ne cherchez donc pas à combattre la réalité de la pierre avec vos frères qui de leur côté ne sont admissibles à la soutenir que par des faits positifs, mais portez continuellement leur esprit sur des objets plus dignes d’eux, et faites-leur sentir que malgré les belles idées intellectuelles qu’affectent sans cesse les partisans de cette science, ils ne font que se matérialiser insensiblement, et s’enterrer sous des décombres très étrangers à leur nature, et dont il leur faudra plus de temps qu’ils ne pensent pour se dégager, s’ils n’y travaillent pas de tout leur cœur dès ce monde, et avant d’entrer dans leurs cercles futurs de purification. Je vous assure mon cher M° que si les hommes savaient sur cela ce que je découvre tous les jours, s’ils savaient à quelles épreuves la pauvre âme humaine est soumise hors de ce monde lorsqu’elle n’est pas pure et dégagée de tout alliage matériel, ils jetteraient bientôt de côté toutes leurs idées physiques et abrutissantes pour se jeter à corps perdu dans les bras et l’esprit de Dieu, pour y joindre leurs gémissements aux siens, pour s’unir aux pâtiments de J.C. la seule chose qui avance ici-bas, la seule chose qui instruise, qui guérisse, qui enrichisse, qui purifie. Mais cette épouvantable matière écrase malheureusement nos pauvres esprits, et nous lui aidons encore de notre mieux, dans la crainte qu’elle ne soit pas assez forte pour nous ensevelir[1]. »

Louis-Claude de Saint-Martin, « Au conseiller » », le 18 mai 1782 (Lettres aux du Bourg, d’après l’édition de Robert Amadou, Paris, 1977, n°XXXVIII, pp. 51-52)

 

serpent 01.png

 

[1] Ces mises en garde, en climat maçonnique, deviendront, chez Jean-Baptiste Willermoz, un élément de sévère disqualification initiatique, fermant l’accès, pour ceux qui s’adonneraient à la « science des Adeptes », aux classes supérieures du Régime Écossais Rectifié  :

 

« Cependant il existe une classe de Maçons que nous devons vous dénoncer aujourd'hui, parce qu'ils s'abandonnèrent en effet dans une route absolument opposée à la science spirituelle Divine dont vous allez faire profession.

La même erreur qui détourna l'homme primitif de ses actes spirituels pour le fixer aux résultats ténébreux de la matière, forme la base de la science des Adeptes : c'est dans la décomposition des êtres matériels et par les manipulations de leur art qu'ils espèrent découvrir une vraie lumière pour l'homme, et de trouver l'esprit vivifiant de la Nature. Mais celui qui est éclairé sur la vraie science sait que ce n'est pas dans la matière qu'il faut chercher ni la lumière ni l'esprit de la vie.

Pour favoriser leur succès dans ces vaines recherches, les Adeptes ont été assez aveugles pour emprunter de la vraie science quelques-uns de ses moyens, et pour adresser leur prière sacrilège au Grand Architecte de l'Univers, comme s'ils pouvaient ignorer la loi qu'il a imposée aux hommes de s'élever sans cesse au-dessus des actes matériels, pour lui édifier des Temples dignes de lui.

Ainsi ce qui doit vous éloigner de l'art des Adeptes, c'est qu'ils emploient les moyens les plus incompatibles en les croyant également nécessaires au succès de leurs œuvres ; c'est que dans cette vue ils joignent à leurs manipulations des actes d'un ordre supérieur qu'on ne peut jamais, sans une insigne profanation, prostituer par des résultats matériels.

D'ailleurs tout ce que l'alchimiste le plus opiniâtre et le plus versé dans son art peut espérer de sa persévérance, c'est de pénétrer jusqu'aux Principes élémentaires des Etres Corporels soumis à ses manipulations, et d'en obtenir des phénomènes différents de la loi d'action temporelle individuelle qui leur est propre. Or c'est précisément là ce qui démontre la vanité de la science des Adeptes, puisqu'ils ne sauraient se procurer par ces Etres de vie apparente aucun fruit vraiment propre à l'homme.

C'est pourtant là l'unique terme de la Science dont ces hommes aveugles ne parlent qu'avec enthousiasme et qui les écarte en effet du seul objet digne de leurs recherches, c'est-à-dire de cette lumière que tout homme peut apercevoir lorsqu'il emploie les moyens qui sont en lui-même et dans la nature.

Voilà, mon cher Frère, ce que vous ne deviez point ignorer sur la Maçonnerie des Adeptes. Souvenez-vous, lorsque vous serez dans le cas de donner votre suffrage pour l'admission d'un Profès, que vous devez examiner rigoureusement ceux qui ont été partisans de l'art, et que vous ne devez jamais l'accorder avant qu'ils se soient eux-mêmes convaincus qu'un pareil travail ne peut s'allier avec la Profession des Sciences spirituelles Divines.

Mon cher Frère, les instructions que vous venez d'entendre ont été destinées par nos instituteurs à faire entrevoir aux Profès le vrai but des initiations anciennes. Donnez-y l'attention la plus sérieuse, pour que le bien que nous avons voulu faire ne serve pas à votre condamnation.

Nous supplions le Grand Architecte de l'Univers, quelles que soient les connaissances que vous pourrez acquérir, de vous préserver par sa bonté infinie du malheur d'en abuser. »

(Bibliothèque Municipale de Lyon, Ms 5475)

 

11/11/2015

"La méthode de l’oraison et de la contemplation mystique selon Louis-Claude de Saint-Martin"

A propos de la parution de l’ouvrage de Jean-Marc Vivenza, Pratique de la prière intérieure pour conduire l’âme à l’union avec la Divinité, aux éditions La Pierre philosophale (octobre 2015)

Livre04.jpg

« Notre œuvre est que Dieu dans nous soit tout, et nous rien. » (Ecce Homo, § 4)

 

Mis à distance de l’environnement culturel de sa fondation en structure initiatique par Gérard Encausse (dit "Papus") en 1891, le martinisme, fort éloigné de l’apparence d’une religiosité de salon qui lui fut apposée, réfère à la vertigineuse révélation de ce en quoi consiste l’authentique perspective sacerdotale : l’exercice concret de la liturgie interne d’un "saint ministère", et d’une œuvre d’oraison dédiée à la génération du Verbe dans le centre de l’âme, en vue de la « préparer à la réception d’une grâce d’élection capable d’édifier en chacun de nous, les fondements de la véritable Église, désignée, et en bon droit, comme étant "l’Église intérieure", afin qu’elle devienne le "Sanctuaire de la Divinité"[1]. » C’est dans cette mesure, seulement, qu’il exprime un «  réel lien de fidélité vis-à-vis de la pensée de Louis-Claude de Saint-Martin (1753-1803)[2] », qui nous questionne – et sans aucun doute, s’agit-il de son ultime vérité – sur le lien entre la « pensée de Dieu », et l’âme de l’homme[3], et sur la façon dont il convient que les esprits "émanés" de la pensée de Dieu, accomplissent leur vocation sacramentaire.

Encore fallait-il, pour que cette perspective de l’Esprit – faisant du saint-martinisme, une authentique discipline purgative de réconciliation, et de sanctification – soit entendue, qu’elle bénéficie de clés théoriques et pratiques, nécessaires à la mise en œuvre de son projet.

Faisant suite au fort volume consacré à l’Église intérieure[4] (2013) et à ce véritable sacramentaire qui en précisait l’exercice concret de son culte interne[5] (2014), cette Pratique de la prière intérieure, disposition constante de l’âme, et préalable nécessaire à l’exercice d’une liturgie elle-même dégagée des éléments de visibilité issus du composé matériel, signale le lien intime et immédiat, entre les indications du théosophe d’Amboise, et les grandes intuitions fondatrices du courant immatérialiste, comme de la mystique de l’oraison. Une sentence en résume l’enjeu : « Notre œuvre est que Dieu dans nous soit tout, et nous rien… » (Ecce Homo, §4). Ce qui implique une claire conscience et un examen du néant auquel est configurée la réalité matérielle, de même que l’homme, qui en est conçu et constitué sur le plan charnel, un homme destiné à une vie "en esprit", à distance des liens de la matière corrompue, alors qu’il « n’est, ne vit et n’agit que dans la vanité et le néant » (Le Nouvel Homme, §23)

Dans cette unique perspective de l’esprit, la nature de l’oraison en découle : oraison dite de "simplicité", "d’abandon", de "délaissement", consistant « beaucoup moins à prier Dieu, qu’à laisser Dieu prier en nous[6] », elle nous fait cheminer, si nous y consentons, jusqu’à la lisière de l’être, où se déploie, par une grâce opérante, la vision surnaturelle de sa fragilité : « Dans ce repli invisible de l’être, que n’éclaire aucune lumière matérielle, et que ne visite que l’essence divine, s’accomplit le miracle qui scelle le mariage du fini et de l’Infini, de substance à substance, où sont célébrés les éternels mystères de la génération du Verbe[7]. »

L’une des singularités de ce traité de dévotion, est d’en fixer, aussi, le dépouillement des contours, si nécessaire à l’exercice spirituel, lorsque sa vocation est de n’exprimer que la "simple présence", la "foi nue", le "repos en Dieu" pour lequel « une seule action est nécessaire, ne rien faire et laisser Dieu agir, s’abandonner[8] ».

Mais cette discipline ascétique, qui « nous entraîne dans les subtilités de la voie négative, insistant sur le nécessaire et radical dépassement des facultés analytiques et cognitives[9] », par son dépouillement, contient une difficulté majeure : celle de nous confronter à « la nuit obscure de la foi. Ce que saint Jean de la Croix (+ 1591), désigne sous le nom de "nuit de l’esprit", ou François Malaval (1627-1719), comme étant la "divine ténèbre[10]." »

sj.jpg

« Dieu opère silencieusement dans l’âme, il dissout la substance spirituelle et l’absorbe en une profonde et absolue obscurité au point que l’âme se sent fondre, se voit anéantie dans une cruelle mort de l’esprit à la vue directe de ses misères. L’âme va alors souffrir dans cette nuit obscure, de l’horreur de ténèbres inquiétantes, affreuses, et douloureuses, qui, en attaquant l’intime essence de l’esprit, paraîtront des ténèbres substantielles. L’âme ressent le vide d’un pendu ; et pourtant, ce nettoyage des cavernes de l’être est nécessaire, il importe que l’âme soit détruite, anéantie, que sa substance disparaisse. Plus l’âme est ainsi purifiée dans sa substance et ses facultés lors de la nuit de l’esprit, plus la substance divine l’absorbe d’une manière profonde, subtile et élevée dans sa divine lumière[11]. »

 

Il est dit, dans l’une des dix prières de Saint-Martin clôturant l’ouvrage :

« J’ose donc t’implorer du sein de mes abîmes ; j’ose appeler à mon secours ta main bienfaisante pour qu’elle daigne s’employer à ma guérison. »

 

+

Sur le site de l’auteur :

« La pratique de la prière intérieure pour conduire l’âme à l’union avec Dieu »

A lire également :

Comment prier avec Louis-Claude de Saint-Martin ?

+

& le site des éditions La Pierre Philosophale

 

 

[1] Jean-Marc Vivenza, Le culte en "Esprit" de l’Église intérieure, éditions La Pierre Philosophale, septembre 2014, p. 36.

[2] Jean-Marc Vivenza, Le mystère de l’Église intérieure, livret complémentaire, éditions La Pierre Philosophale, octobre 2015, p. III.

[3] « L’âme de l’homme est une pensée du Dieu des êtres. » (L.-C. de Saint-Martin, Le Nouvel Homme, § 3)

[4] Jean-Marc Vivenza, L’Église et le sacerdoce selon Louis-Claude de Saint-Martin, , éditions La Pierre Philosophale, décembre 2013.

[5] Jean-Marc Vivenza, Le culte en "Esprit", op. cit., ouvrage dont on ne négligera pas l’importance considérable, et au sujet duquel il est dit : « N’oublions pas que c’est sans doute la première fois que des indications de cette nature sont offertes aux âmes de désir, chacun saura donc évaluer, et percevoir comme il se doit, le caractère tout à fait exceptionnel de ces lignes qui participent véritablement du dévoilement du « mystère » le plus central et le plus secret de l’Église intérieure, puisque touchant directement la célébration de son culte secret, invisible aux yeux charnels, mais dont les fruits sont si importants pour la vie de l’Esprit cheminant dans la voie selon l’interne. » (p. 104) Il convient d’y adjoindre le livret, aux mêmes éditions, accompagnant l’enregistrement de l’entretien entre Jean-Marc Vivenza et Jean Solis, réalisé par Baglis TV en avril 2014, et contenant deux textes essentiels : « Comment être membre de l’Église intérieur ? », et « Règle de vie abrégée de l’âme intérieure ».

[6] Jean-Marc Vivenza, Pratique de la prière intérieure, éditions La Pierre Philosophale, octobre 2015, p. 33.

[7] Ibid, p. 64.

[8] Ibid, p. 81.

[9] Ibid, p. 74.

[10] Ibid, p. 83.

[11] Ibid, p. 85.

24/10/2015

Le mystère de "l’Église intérieure" : Règle de vie abrégée de l’âme intérieure

« Comment vivent les âmes intérieures ? Tout simplement dans la considération constante de ce qui les lie à la Divinité, dans l’oubli du monde et des formes extérieures cultivées par les confessions religieuses ; elles aspirent à Dieu, uniquement, et aiment s’enfouir dans le silence et l’anéantissement d’elles-mêmes »

 

DVD02.jpg

Un livret complémentaire à « L’Église et le sacerdoce selon Louis-Claude de Saint-Martin » - constitué d’un entretien portant sur les thèmes principaux de l’ouvrage, et d’un texte de présentation -, s’imposait pour plusieurs raisons. Premièrement parce que les questions soulevées par le sujet de « l’Église intérieure » se sont révélées d’une telle importance spirituelle et initiatique, pour la majorité des lecteurs, qu’il était devenu nécessaire d’aborder ces thématiques de façon directe, de sorte de leur conférer un éclairage plus immédiat ou « concret ». C’est ce qui a été fait lors de l’enregistrement, en avril 2014 à Paris filmé par les caméras de Baglis TV, d’un échange approfondi entre Jean Solis et Jean-Marc Vivenza, que l’on trouvera à l’intérieur du présent livret. Ensuite, s’est imposée l’idée qu’un court texte explicatif, vienne, non pas s’ajouter au livre, mais lui conférer des explications complémentaires, pouvant s’avérer très utiles pour tous ceux qui souhaitaient entrer plus avant dans le « mystère de l’Église intérieure », dont on sait qu’il représente le point central, l’idée fondatrice de la perspective théosophique et mystique de la pensée de Louis-Claude de Saint-Martin. Ainsi donc, grâce à ce livret, chacun pourra bénéficier de nombreuses lumières qui lui permettront d’accéder plus encore à la plénitude des connaissances qui entourent la célébration du culte divin selon l’interne au sein du Temple du cœur, lieu de la « Sainte Présence », ceci selon ce que soutenait Saint-Martin – à savoir qu’à présent il s’agit, dans ce qui est en jeu pour chaque âme de désir, de se préparer à la réception d’une grâce d’élection capable d’édifier en chacun d’entre nous les fondements de la véritable Église - désignée à bon droit comme étant « l’Église intérieure » -, afin qu’elle devienne le Temple et le Sanctuaire de la Divinité.

ENTRETIEN :

« JEAN-MARC VIVENZA et JEAN SOLIS » 

Enregistrement réalisé par Baglis TV

vendredi 18 avril 2014 (Vendredi-Saint)

 

 L’Entretien est suivi de deux textes

inclus dans le livret accompagnant le DVD :

Comment être membre de l'Église intérieure ?

Et la 

« Règle de vie abrégée de l’âme intérieure »

Complément sur les sites de l’auteur et de l'éditeur :

JMV.jpg

dvd-case-25-2.jpg

 

"Homme, relève-toi. Il t’appelle ; il te donne rang parmi ses prêtres ; il te déclare de la race sacerdotale. Revêts l’éphod et la tiare. Parais devant l’assemblée, comme étant rempli de la majesté du Seigneur" (1)



(1) Louis-Claude de Saint-Martin, Le Nouvel Homme, chant 245. 

Lien vidéo :

BAGLIS.jpg

21/04/2015

L’occultisme en eaux troubles : les années d’occupation (1939-1944) et la préoccupante question de certains liens entretenus avec la Gestapo parisienne

cc02.jpg

 

La préface à la récente réédition des Regards sur les Temples de la Franc-Maçonnerie de Camille Savoire[1] (1869-1951), nous convie à de sévères éclairages sur certaines personnalités dont se réclament fréquemment, au bénéfice de quelques arrangements avec la réalité historique, les hagiographies amnésiques du petit monde de l’occultisme francophone.

Une constante s’en dégage nettement : l’invention pure et simple, de filiations imaginaires venant combler la carence d’une transmission traditionnelle et surtout, l’oubli des circonstances historiques pour le moins troublantes, qui les verront s’épanouir. Le cas le plus saisissant, pour la période étudiée, est évidemment celui de la résurgence d’un Ordre des « élus-coëns » (sic) à Paris, pendant l’occupation, à l’initiative de Robert Amadou (1924-2006), Robert Ambelain (1907-1997) et Georges Bogé de Lagrèze (1882-1946), et sur lequel il conviendra de revenir. Mais au titre de cette tendance à manipuler les héritages, c’est une autre personnalité qui retiendra notre attention : Serge Marcotoune (1890-1971), incarne sans aucun doute les réalités contemporaines du « martinisme russe[2] ». Délégué général pour l’Ukraine de l’Ordre papusien en 1919, exilé à Paris, il y dirigea le Chapitre « Saint André Apôtre n°2 » à partir de 1920. Il est l’auteur de La science secrète des Initiés [3] (1928) et de La Voie initiatique (1956), volumes qui se virent conférer le statut de « raccourci saisissant de la doctrine martiniste enseignée en Russie[4] », bien que synthétisant, disons-le objectivement, les sujets les plus disparates, fondant les préoccupations confuses de l’occultisme de la Belle-Époque.

Mais une certaine sensibilité se réfère à Serge Marcotoune, jusqu’à l’impliquer dans ses prétentions sur l’héritage du Régime Rectifié. Et ce capital de sympathie confine à l’éloge, lorsque Daniel Fontaine, dans l’introduction à la réédition de La science secrète des Initiés, reprenant littéralement ses propos tenus dans la 6ème livraison des Cahiers verts (1981) – écrit ceci :

Cahiers Verts.jpg

« Pendant toute l’occupation allemande, de 1939 à 1944, le Chapitre Saint André Apôtre n°2 se réunit régulièrement devant les flambeaux priant inlassablement pour tous les frères et les hommes dans la détresse[5]. »

 

La réalité paraît plus inquiétante.

Que nous apprend la préface à la réédition de l’ouvrage de Camille Savoire ? 

Que Serge Marcotoune est cité par Arthur Pfannsteil (1901-1983), ancien sous-officier de la Gestapo attaché à la direction des services antimaçonniques en France, au titre de son audition par la Direction de la Surveillance du Territoire (D.S.T.), le 29 octobre 1945 :

 « Du point de vue des éléments issus des interrogatoires effectués par la D.S.T., après-guerre, le témoignage apparemment le plus accablant (…) est celui de Paulette-Louise Martin, qui fut la secrétaire de Pfannsteil : « Le nommé Pfannsteil qui pendant l’occupation allemande était chef d’un bureau de renseignement 29, av. Hoche, n’était autre que Pfannsteil Arthur […] Cet individu recevait fréquemment des informations qui lui remettaient des rapports concernant notamment l’activité des certains hommes politiques. Ces rapports étaient transmis au capitaine Wentzel de la Gestapo […]. [La secrétaire de Pfannsteil, Martin Paulette, Louise, interrogée à Haumont déclare :] "Pfannsteil recevait un certain nombre d’individus qui venaient le voir plus ou moins régulièrement et qui lui apportaient des renseignements sur l’activité des résistants, d’hommes politiques appartenant ou ayant appartenu à des associations dissoutes ou ayant des attaches avec le gouvernement de Vichy. Ces renseignements étaient fournis sous forme de rapports manuscrits que Pfannsteil transmettait au Service de police allemand, 82, av. Foch […] Les affaires étaient suivies par les agents qui les apportaient ce qui peut laisser supposer que certains de ces agents pouvaient également être en rapport avec les services de l’av. Foch. Une partie de ces agents étaient appointés par Pfannsteil, les autres touchaient des primes dont l’importance variait selon l’importance des indications fournies, tandis que certains paraissaient travailler bénévolement. Voici les noms des personnes qui n’étaient pas régulièrement appointées par le Service [suit une liste numérotée de 1 à 22, n.d.a.] :

11. Marcotoune Serge, sujet russe, Franc-Maçon, membre influent de l’ex-Russie blanche, il habitait 16, square d’Alboni à Paris 16e. C’est cet individu qui mit Pfannsteil en rapport avec M. de Monzie ainsi qu’avec M. Leroy-Ladurie, frère de l’ancien ministre vichyssois. 

photo02.jpg

Serge Marcotoune (Сергій Моркотун, 1890-1971), mentionné dans l’ouvrage de Lucien Sabah (Docteur en Histoire contemporaine de l’Université de Poitiers, 1987), Une police politique de Vichy : le Service des sociétés secrètes, Klincksiek, 1996.

 

(…) Pour éviter les indiscrétions possibles, chaque agent informateur était désigné par un numéro. Seuls mon patron et moi étions au courant de ce « numérotage » dont je vous donne le détail [suit un tableau numéroté de 1 à 73, dans lequel Savoire n’y figure pas, on y trouve en revanche, au n°41, Marcotoune]. (…) Marcotoune Serge, né le 15.6.1890 à Petrograd sujet russe, réfugié politique, administrateur de sociétés demeurant 16 square d’Alboni à Paris’’. » (Cf. Interrogatoire par la D.S.T., 5.9.45, in Lucien Sabah, Une police politique de Vichy : le Service des sociétés secrètes, Klincksiek, 1996, pp. 393-396).[6] »

 

photo03.jpg

« (…) en pleine guerre froide où une invasion soviétique était envisageable, Serge Marcotoune, en raison de son action en Ukraine de 1917 à 1920, se retira aux îles Canaries (...). » (sic !)  (Daniel Fontaine, introduction à la nouvelle édition de Serge Marcotoune, La science secrète des Initiés, Les éditions du Simorgh, septembre 2009)

 

Ces mentions d’un agent actif et rémunéré de la collaboration, sont pour le moins troublantes. Certes, la période l’était, et plus encore pour ceux qui le payèrent de leur vie, tel Constant Chevillon (1880-1944), figure emblématique et admirable de l’ésotérisme français, arrêté et assassiné à Lyon en mars 1944, pour des motifs et dans des circonstances inexpliqués.

En 1928, Serge Marcotoune, concluait son premier ouvrage en citant l’Évangile :

« Regnum coelorum vim patitur et violenti rapiunt illud – Le Royaume des cieux est emporté de force et les violents s’en emparent (St. Matthieu, chapitre XI, verset 12). »

 

 

303242763.jpg

 



[1] Camille Savoire, Regards sur les Temples de la Franc-maçonnerie, présenté par J-M.Vivenza, éditions La Pierre Philosophale, mars 2015

[2] Bien plus, d’ailleurs, que Robert Ambelain, qui inventa en 1968, sous l’intitulé d’Ordre Martiniste Initiatique, et dans un climat de scandale, une filiation se réclamant de Nicolaï Novikov (1744-1818)  – et, sans sourciller, des « Grandes Loges Martinistes de Russie et d'Ukraine : Moscou 1788 - Petrograd 1802 - Tchernigov 1820 » (sic !) –   basée sur un assemblage rituel disparate, mêlant à un environnement fortement maçonnique, des éléments d’hermétisme et d’alchimie simplifiée, entachés de lourdeurs anachroniques, qui ne semblent guère embarrasser les nombreuses sociétés se réclamant toujours de cette mystification frauduleuse. Pour autant, Robert Ambelain, dans l’annonce programmatique de son projet, ne semblait guère éprouver de scrupules à nous décrire un Papus (Gérard Encausse, 1865-1916) « dévoré d’ambitions et assoiffé d’autorité », et qui « attachait peu d’importance à ce que nous estimons par-dessus tout : une filiation spirituelle authentique » (sic !) (Robert Ambelain,  Origine, principe et modalités de la rectification de 1968, Paris, 30 juin 1968, p.4)

[3] Ouvrage inspiré de l’imagerie du tarot, dont la réédition en 2009 par les éditions du Simorgh, liées au Grand Prieuré des Gaules, fut considérée par Serge Caillet comme « une bonne idée » (sic). [cf. « Serge Macotoune et la science secrète des initiés », Serge Caillet, blog de l’institut Eléazar, vendredi 18 février 2011] et au sujet duquel il est raisonnablement permis d’émettre les plus grandes réserves, quant à son rapport à une « doctrine martiniste. »

[4] Daniel Fontaine, « Le martinisme russe du XVIIIe siècle à nos jours », Les Cahiers Verts, n°6, 1981.

[5] Daniel Fontaine, Introduction à la nouvelle édition de Serge Marcotoune, La science secrète des Initiés, Les éditions du Simorgh, septembre 2009, p. 3. Ces propos, avec une étonnante persistance, sont rigoureusement identiques à ceux qui seront publiés, deux ans plus tard, dans Les Cahiers verts n°6 (nouvelle série, année 2011), p. 117, sous le titre de « Rumeurs et humeur », et signés cette fois de « l’actuel Philosophe Inconnu du Chapitre L’Arche de Saint-Jean n°3 » (sic), Chapitre dont il est dit qu’il fut autorisé par Serge Marcotoune en 1969, et « héritier direct de Saint-André Apôtre n°2 (patente de juillet 1969). »

[6] Op. cit., pp. 59-60, note 78.

 

 

 

01/02/2015

"Ce culte a pour fonction, d’hâter le temps de la réconciliation universelle, et de porter les âmes des justes à goûter les joies célestes, et profiter du repos qui attend l’homme après la consommation de la durée impartie à ce monde d’expiation"

sanctuaire.jpg

Le culte ‘‘en esprit’’

dans

le Sanctuaire du cœur 

La « descente de l’Esprit » dans l’âme

« Le culte pur aura conduit les hommes justes aux joies célestes et au repos de leur âme. Le culte impur aura conduit les impies à la rage, à la fureur et au désespoir. Les fruits seront cueillis ; on n'en sèmera plus, parce qu'il n'y aura plus de terre : tout est consommé. Oui, au nom du Réparateur, tout fléchira le genou dans les cieux, dans la terre et dans les enfers. On fléchira le genou à ce nom dans les cieux, pour célébrer sa gloire et les merveilles de sa puissance. On fléchira le genou à ce nom sur la terre, parce qu'il nous aura préservés et délivrés des mains de notre ennemi. On fléchira le genou à ce nom dans les abîmes, parce qu'on y frémira de terreur en éprouvant les effets de son pouvoir. » (L’Homme de désir, § 136). 

10641036_466396960166078_4374153855248749571_n.jpg

 

« C’est sans doute la première fois que des indications de cette nature sont offertes aux âmes de désir, chacun saura donc évaluer, et percevoir comme il se doit, le caractère tout à fait exceptionnel des indications délivrées et révélées, qui participent véritablement du dévoilement du « mystère » le plus central et le plus secret de l’Église intérieure, puisque touchant directement à la célébration de son culte secret, invisible aux yeux charnels, mais dont les fruits sont si importants pour la vie de l’Esprit cheminant dans la voie selon l’interne. »

Éditions La Pierre Philosophale

14/04/2014

"Notre être est continuellement et secrètement amené de la mort à la vie"

Bonne et Sainte Semaine, dans le Mystère de la Croix

croix.jpg

semaine sainte.jpg

« Voilà le véritable abandon, voilà cet état où notre être est continuellement et secrètement amené de la mort à la vie, des ténèbres à la lumière, et si on ose dire, du néant à l'être ; passage qui nous remplit d'admiration, non seulement par sa douceur, mais bien plus encore parce que cette œuvre reste dans la main divine qui l'opère, et qu'heureusement pour nous, elle nous est incompréhensible, comme toutes les générations dans toutes les classes le sont aux êtres qui en sont les agents et les organes... »

(Louis-Claude de Saint-Martin, La Prière, in Œuvres posthumes, réédition Collection martiniste, Le Temple du cœur, Diffusion rosicrucienne, 2001, p. 58.)

31/03/2014

"Ceux qui sont regroupés pour cultiver les lumières de la doctrine divine..."


Extrait tiré d'une table ronde intitulée : "Illuminisme mystique et christianisme transcendant", avec Jean-Marc Vivenza et Roger Dachez, animée par Jean Solis.

A lire, à la suite de notre précédent billet, et sur la question du christianisme transcendant, sur le blog saint-martiniste du Crocodile :

Le christianisme transcendant et l’illuminisme initiatique

« C’est à cette lignée traditionnelle que se rattache la notion d’Église intérieure qu’utilisa Saint-Martin, pour évoquer ceux qui sont regroupés pour cultiver les lumières de la doctrine divine…

 

Régime Écossais Rectifié, foi chrétienne et « dogme

« De la sorte,  la seule et unique croyance manifeste, qui n’est ni dogmatique, ni ecclésiale, et qui est encore moins issue d’une quelconque définition conciliaire, réunissant en son sommet les membres de l’Ordre – membres qui constituent précisément par cette réunion « l’Église visible et invisible » – est celle en Jésus-Christ : « Je crois enfin à la Sainte Église universelle et apostolique, visible et invisible, des membres réu­nis par la foi en notre Seigneur et divin Maître Jésus-Christ. »

 

12/02/2014

La théosophie illuministe de Saint-Martin : théosophie mystique et christianisme transcendant

Livre02.jpg

Jean-Marc Vivenza, L’Église et le sacerdoce selon Louis-Claude de Saint-MArtin

Editions La Pierre Philosophale

2013

Cet ouvrage, portant sur la question de l’Église et du sacerdoce selon Louis-Claude de Saint-Martin (1743-1803), a pour objet de projeter quelques vives lumières au sujet de la « prêtrise » véritable et l’authentique « ministère transcendant » de l’Église intérieure, afin de mettre à jour les convictions réelles du Philosophe Inconnu en matière religieuse.
On a pu dire, pour expliquer l'attitude critique de Saint-Martin à l’égard de l’institution ecclésiale - qui prit naissance très tôt, dès l'époque où il étudiait aux côtés de son premier maître Martinès de Pasqually (+ 1774), et dont la manifestation la plus frappante, symboliquement, aurait été l’éventuel refus d'accepter la présence d'un prêtre au moment de sa mort -, qu'il « méconnaissait la véritable Église ». Or, du point de vue de la pensée du Philosophe Inconnu, rien n’est plus inexact, car sa distance d’avec l’Église, qui s’étend à toutes ses formes temporelles et ses diverses expressions confessionnelles, provient d’une conviction profonde qu’il partageait avec les mystiques de l’anéantissement et du « saint abandon », les piétistes, les philadelphiens disciples de Jacob Bœhme (1575-1624), et les penseurs illuministes : les âmes peuvent ici-bas vivre en communion avec le Ciel en accédant au plus hauts états spirituels, directement, sans aucune intermédiation, et célébrer en leur cœur le culte divin en « esprit et en vérité ».

Ainsi, ce que propose Saint-Martin pour rencontrer Dieu, c’est que s’opère en l’homme l’œuvre dite, non sans raison, « selon l’interne » - en se souvenant que cette œuvre est destinée, non pas uniquement à ceux qui sont déjà, ou qui souhaitent s’engager dans une démarche initiatique, mais à toutes les « âmes de désir » espérant vivre l’expérience de la rencontre surnaturelle et transformatrice avec le divin.

De la sorte, les lecteurs en quête de l’union intime avec l’Invisible, en s’appuyant sur les explications qu’ils découvriront en ces pages, portant sur la nature de l’Église céleste et l’exercice de la prière intérieure, seront en mesure de participer aux « noces de l’Esprit », suivant en cela la voie théosophique préconisée par le Philosophe Inconnu qui rejoint en bien des aspects celle de la tradition de la mystique suressentielle, leur donnant de voir peut-être s’ouvrir en eux, un jour, les portes donnant accès au « Sanctuaire éternel ».

05/01/2014

Grand Prieuré des Gaules : l’injure aux "Maîtres passés"

Le débat,  qui  pourrait ne sembler qu’intéresser la maçonnerie rectifiée, occasionne, chez nos amis martinistes du Crocodile, une réponse cinglante, et méritée, à cette étonnante dérive, émanant du Grand Maître du Grand Prieuré des Gaules :

Les cahiers verts.png« Dans l’exercice de sa charge, celui qui s’autoproclame dans la revue de son obédience (Les Cahiers Verts n°8, 2013), de façon humble, « le féal de la vérité, le chevalier de la beauté, le prêtre de l’amour, le prophète de son retour» (p.11), vient de faire savoir : « Toute doctrine qui ne se discuterait pas, deviendrait par  définition un dogme (…) Willermoz, Saint-Martin et Martinez au regard du seul vrai Maître sont des «  petits maîtres» (Ibid., p. 13). »

Le Crocodile évoque le saint respect aux "Maîtres passés" de la tradition martiniste, et relève l’insultante posture de cette étrange "Obédience", à l’égard d’un patrimoine spirituel qu’elle devrait chérir, mais aussi, plus généralement,  le traitement bien peu chrétien, réservé à ceux qui ne se reconnaîtraient pas dans les débordements de celui qui, « représentant du Christ dans l’Ordre » (Les cahiers verts, p.13), les qualifie de "boucs", de "faux prophètes" (…) au "parfum de néant", exprimant des "incantations de gueux" (ibid., pp. 12-13).

A lire :

LE crocodile.jpg

Relevons que si la dérive est évidente, ce procédé, d’une commune médiocrité, et consistant à alterner les condamnations les plus virulentes et l’obséquiosité de la chaire,   n’est pas nouveau. Déjà, dans la 7ème livraison des Cahiers verts, sous la plume du même Grand Maître, étaient voués aux gémonies, les lecteurs et commentateurs de la « toile qui porte si bien son nom », « les réseaux, les blogs, tous les moyens de communication », les « tubal-outils », « l’amphithéâtre calomnieux »,  les « Dark Vador de la maçonnerie (sic) » (Cahiers verts, n°7, 2012, pp. 13-13), en bref, et au-delà de la petite nervosité syntaxique… le débat, le média, l’ennemi aux portes de la citadelle, en une délirante angoisse conspirationniste.

Souvenons-nous, aussi, et puisque le martinisme n’est pas épargné, de cette inquiétante apostrophe « à l’attention des bibliothécaires myopes », dans ces « Rumeurs et humeur » du n°6 (2011), signées d’un "Philosophie Inconnu" argumentant son héritage d’un martinisme russe, et dont les lecteurs de l’introduction à la réédition de La Science secrète des initiés de Serge Marcoutoune (Les Editions du Simorgh, sept. 2009), auront sans doute fait le lien avec son auteur.

Manifestement, l’injure est commune, dans les communications de cette Obédience qui ne se mêle des "Maîtres passés", que pour en déprécier l’héritage qui ne semble pas à la hauteur de ses Chefs.

Mais l’idée est vaine : la pensée saint-martiniste, lucide à l’égard des créatures, se désintéresse des péroraisons délirantes et des jugements circonstanciés, a fortiori lorsqu’ils émanent d’institutions, fussent-elles à prétention "initiatiques". Rien du sévère constat du premier ouvrage du théosophe d’Amboise, ne se démentirait à ce titre, lorsqu’il rappelle aux hommes leur esclavage à des institutions prétendument sacrées, et dont le lien, pourtant, a été brisé, rompu, avec « la vraie source de la puissance souveraine », et dont plus personne – et même au prix de titres dévoyés – n’a la moindre connaissance :

« Les méprises qui ont été faites sur tous ces objets, dévoileront clairement la cause de l’obscurité, de la variété et de l’incertitude qui se montrent dans tous les ouvrages des hommes, de même que dans toutes les Institutions, tant civiles que sacrées, auxquelles ils sont enchaînés ; ce qui apprendra quelle doit être la vraie source de la Puissance souveraine parmi eux, et celle de tous les droits qui constituent leurs différents établissements. » (Des erreurs et de la vérité, 1782).  

01/07/2013

Robert Amadou (1924-2006) : équivoque sur les "captations" d’un héritage

traite-des-manifestations.JPG




« Il n’est pas, pour les gens doués d’une imagination vive, de société plus dangereuse que celle des amis du merveilleux. »



Ici, nous ne ferons que mention – car l’affaire est juridique – de la récente annonce, par Catherine Amadou, d'un acte désigné comme un vol, dont l’inestimable bibliothèque de son défunt époux aurait fait l’objet, à des fins mercantiles fort éloignées du mécénat que ce riche patrimoine aurait mérité. L’information est amplement relayée sur les réseaux sociaux et, le jeudi 27 juin, sur le blog de Serge Caillet, en des termes qui ne manqueront pas d’étonner, lorsqu’il l’intègre dans une vue combative s’attribuant l’autorité d’un héritage spirituel – l’affaire n’est alors plus matérielle – sur lequel il y aurait beaucoup à dire : « Lors de notre dernière ou avant-dernière conversation de visu en ce monde, je convainquis Robert Amadou, écrit-il, qu’un nouveau combat nous attendait, nous, quelques-uns, à qui il avait souhaité confier la relève et la parole. Et cette lutte, lui dis-je, après celle qu’il avait conduite contre tant de captations mercantiles ou universitaires, serait à mener contre les voyous qui s’accaparent l’Occulte (sic). » (Serge Caillet, « Vol de la bibliothèque de Robert Amadou », 27.06.2013)

Voilà qui fait écho à ce que nous relevions précédemment, lorsque de la plume du même "héritier", nous lisions, médusés : « Robert Amadou m’a transmis en 1994, la filiation martiniste qu’il avait lui-même reçu de Robert Ambelain sous l’occupation » (Serge Caillet et Xavier Cuvelier-Roy, Les Hommes de désir – Entretiens sur le martinisme, le Mercure Dauphinois, septembre 2012, p.130.), affirmation contestable et qui, pour le moins, aurait mérité quelques précisions efficaces, dès lors que son auteur avait fait le choix d’en assumer la divulgation.

L’élégante discrétion des témoins d’alors, qui souvent ont adopté le choix de ne pas y prêter cas, est mise à rude épreuve.

Elle se délite encore d’avantage, lorsque l’avancée des recherches met en lumière de périlleuses zones d’ombre : le site du "Philosophe inconnu", référence incontournable en ces domaines, animé avec une salutaire rigueur scientifique par Dominique Clairembault, nous propose, dans la suite de ses recherches sur  le fonds Prunelle de Lière de Grenoble, une étude capitale sur Le Traité sur les communications (15 juin 2013), qui témoigne de l’extrême défiance de Louis-Claude de Saint-Martin, vis-à-vis des pratiques magico-théurgiques des élus-coëns.

« Ce traité, est-il précisé, est en effet consacré aux "communications", c’est-à-dire aux manifestations de l’invisible, phénomènes qui devaient se produire lors des rituels élus coëns. Il souligne  les faiblesses de ces expériences et s’attache à en minimiser l’intérêt. Dès ses premières lignes on peut lire : « Il n’est pas, pour les gens doués d’une imagination vive, de société plus dangereuse que celle des amis du merveilleux. Un pareil goût est presque toujours inséparable d’un orgueil bien condamnable, puisqu’il ne porte celui qui en est obsédé à rien moins qu’à dominer dans une partie dont il n’est pas même à la porte. »

Dès lors, s’éclaire ce que le premier volet de ces études appelait comme interrogations : « En établissant l’histoire du fonds Prunelle de Lière, écrit Dominique Clairembault, nous avions également souligné les efforts faits par Robert Amadou pour occulter ces documents dont il avait à plusieurs reprises publié des fac-similés en cachant leur provenance, attitude inexplicable pour un historien par ailleurs reconnu pour le sérieux de ses travaux. Curieusement, dans les mois qui suivirent, la revue Renaissance Traditionnelle publia un article annonçant la découverte du texte dont nous signalions l’absence, la copie du Traité sur la réintégration. Cette découverte n'apportait pas hélas, de réponses aux questions soulevées par notre article. »

Les critiques de la voie magico-théurgique par Saint-Martin, ont été occultées par Robert Amadou, pour des motifs qu’il conviendra d’approfondir. Certains s’offusquent à l’entendre : « Ce n’est plus une hypothèse d’école, lit-on chez Jacques Courtois, c’est dorénavant une accusation et j’en suis vivement contrarié. »

C’est que s’éclaire d’un jour nouveau, la nature même de la transmission des filiations néo-coëns, issues de la problématique Résurgence de 1943. Au fond, la "contrariété" s’entend, puisqu’elle n’exprime que les erreurs répandues et déversées depuis des décennies, dans les consciences d’un milieu initiatique englué dans les eaux bourbeuses de la falsification historique.

29/06/2013

"De même leur échappe la clé de ses livres, qui est le système de la réintégration par la régénération de l’homme."

« Saint-Martin », par Robert Amadou (préface à l’édition établie et commentée de l’Homme de désir, 1973)

martiisme01.jpg


 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Photo tirée du film Le martinisme, des origines à nos jours, de Laurent Germain Maury, Mercure production.


Louis-Claude de Saint-Martin est né à Amboise, le 18 janvier 1743. A trois ans, il perd sa mère ; à six ans, il trouve une mère qui incarne la mère idéale. Elle l’enchantera. Les études commencées avec un précepteur, se poursuivent au collège de Pontlevoy (1755-1758), puis à la Faculté de droit de Paris (1759-1762), d’où il sort licencié. Premières lectures, premières empruntes : Abadie, Burlamaqui (il adhère), la tourbe philosophique (il réagit là-contre) ; et, bien sûr, les romans, le théâtre, la poésie tant des anciens que des classiques et des contemporains (il goûte et prend garde). La musique le séduit pour la vie : théorie de l’harmonie et pratique du violon.

S’il avait occupé plus de six mois (1764-1765) l’office d’avocat du roi au bailliage et au présidial de Tours, il eût sans doute succombé à la tentation, qu’il avouera, de se suicider. L’état militaire lui agrée d’avantage. Il y demeure six ans (1765-1771). Dès son arrivée au Foix-Infanterie, alors stationné à Bordeaux,  des camarades le devinent et l’initient aux mystères maçonnico-théurgiques des Elus Cohen : initiation selon l’externe. A partir de 1768, il passe ses quartiers d’hiver auprès de Martinès de Pasqually, fondateur et grand souverain de l’Ordre, son premier maître. En 1771, il abandonne le service pour mieux suivre la « carrière ». Il réside à Lyon, en Touraine, à Paris surtout où le succès équivoque des Erreurs et de la vérité l’introduit dans le monde. Par deux fois, il visite l’Italie (1774 et 1787-1788), un voyage le mène à Londres (1787). Vite, il s’est méfié des chapelles, sauf à y porter la bonne parole et la discorde ; sauf aussi qu’à Lyon, en 1785, il s’éprend des communications médiumniques de l’ »Agent inconnu ». Il ne tarde pas à s’en déprendre, mais il en gardera la trace : c’était du martinésisme sauvage.

Surgit, à Strasbourg, en 1788, son deuxième maître, le cordonnier illuminé de Goerlitz, le chérissime Jakob Boehme (1575-1624), qu’il rencontre grâce aux ouvrages à lui tendus par sa chérissime Charlotte de Boecklin ; Jakob Boehme dont il ne tâchera plus qu’à célébrer le mariage avec Martinès. La Révolution française l’éprouve et l’emplit d’espoir ; la providence y place la mort de son père (1793). Thermidor arrive à point pour que sa situation ne se gâte. Très attentif, Saint-Martin se renseigne amplement, mais enseigne avec discrétion, dans maintes conférences particulières et dans une conférence publique avec Garat, en 1793 ; dans des livres de marche moyenne, souvent lente. Aucun discours de lui qui n’encourage l’homme de désir et ne lui apprenne, au-delà de l’ecce homo, comment et pourquoi naît le nouvel homme, auquel incombera le ministère de l’homme-esprit. Le Philosophe Inconnu, comme il avait obtenu qu’on le désignât, mourut le 14 octobre 1803, à Châtenay près Paris, assez ignoré et mal compris.

L’ignorance et l’incompréhension n’ont pas encore disparu. Car les causes en persistent.

Le ressort de l’homme vibrait en son cœur de penseur et d’apôtre romantique, d’amoureux nostalgique de toutes les amours, persuadé qu’un seul est nécessaire et condamne les autres. Qu’en percevraient les gens du torrent ? De même leur échappe la clé de ses livres, qui est le système de la réintégration par la régénération de l’homme. Il décida d’y sacrifier une partie de sa vie, une partie de lui-même. En discernant cette clé, on réhabilite, dans leur vérité trine, Saint-Martin et ses livres et le sacrifice de l’auteur à son œuvre, laquelle n’avait, en fin de compte, d’autre but que de détourner les hommes, y compris leur auteur, de tous les livres sans excepter les siens.

Des siens voici les principaux : Des erreurs et de la vérité (1775) ; Tableau naturel des rapports qui existent entre Dieu, l’homme et l’univers (1782) ; L’Homme de désir (1790) ; Ecce home (1792) ; Le Nouvel homme  (1792) ; Lettre à un ami… sur la Révolution française (1795) ; Eclair sur l’association humaine (1797) ; Le Crocodile (1799) ; De l’Esprit des choses (1800) ; L’Aurore naissante (1800, trad. de Boehme) ; Le Cimetière d’Amboise (1801) ; Des Trois principes de l’essence divine (1802, trad. De Boehme) ; Le Ministère de l’homme-esprit (1802). Et ceux qui furent publiés après sa mort : Œuvres posthumes (1807) ; Quarante questions (1807, trad. De Boehme) ;  De la triple vie de l’homme (1809, trad. De Boehme) ; Des Nombres  (1843) ;  Mon portrait historique et philosophique (1961) ; divers recueils de notes, cahiers, etc. (depuis 1959).

LCSM.jpg


Saint-Martin, portrait, © Société des indépendants


« Il résulte de tout ceci que c'est un excellent mariage à faire que celui de notre première école et notre ami Boehme. C'est à quoi je travaille, et je vous avoue franchement que je trouve les deux époux si bien partagés l'un et l'autre, que je ne sais rien de plus accompli. Ainsi prenons-en tout ce que nous pourrons ; je vous aiderai de tout mon pouvoir. » (L.-C. de Saint-Martin, Lettre à Kirchberger, 11 juillet 1796)


 

06/04/2013

"Et que la Réintégration soit celle de tous les êtres"

Robert Amadou.jpg« Une fois pour toutes, le Philosophe Inconnu fixe, remémore le programme tout traditionnel, dans les titres de ses quatre ouvrages qui incluent le mot homme. Connaissons notre état présent : Ecce Homo ; sachons quel est notre état perdu, à recouvrer, et en mieux : l’Homme de désir ; renaissons d’en haut et en esprit : le Nouvel Homme ; aidons l’autre et même l’Autre : le Ministère de l’Homme-Esprit. Chacun selon sa vocation, dans sa situation. 

C’est vrai que nous sommes comme des dieux, pas même des dieux, mais assez en similitude pour nous en trouver bien marris. Point de solution que de devenir Dieu. Mais en esprit et en vérité, de la seule manière possible : avec Sophie. 

Et que la Réintégration soit celle de tous les êtres.» 

(Robert Amadou, Occident, Orient, parcours d’une tradition)

31/03/2013

"A tous les instants de notre existence nous devons nous ressusciter des morts"

Louis-Claude de Saint-Martin, L’Homme de désir, § 274.

A tous les instants de notre existence.jpg

« A tous les instants de notre existence nous devons nous ressusciter des morts. Notre pensée, notre action, notre volonté, nos affections vraies et pures, tout est dans le tombeau.
Des gardes sont posés tout autour par les princes de la synagogue, de peur des disciples et des amis de la vérité. Il nous faut lever la pierre du tombeau  ; il nous faut tromper la vigilance de nos gardes, ou les renverser par notre puissance.
Il nous faut déposer les linceuls qui nous enveloppaient, et rompre les bandes qui liaient tous nos membres.
Il nous faut reprendre notre première agilité, notre première pureté, notre première activité, et nous enlever dans les airs, comme l'esprit rendu à sa propre substance.
Avant d'atteindre à cette universelle et entière résurrection, il nous faut passer par des résurrections particulières ; et ce sont ces résurrections particulières qui composent les éléments de notre vie temporelle (...). »

14/03/2013

Robert Amadou (Bois-Colombes, 16 février 1924 - Paris, 14 mars 2006)

Amadou.jpg

 

Le Saint-martinisme est, à plus d’un titre, redevable à Robert Amadou d’une ascendance discrète et efficace, sur l’intention qui en porta l’expression contemporaine sur les fonts baptismaux lorsque parut l’évidence, à quasiment deux siècles de la Naissance au Ciel du théosophe d’Amboise, ce 14 octobre 2003, de la nécessité d’un rappel de cette « Société des indépendants » et « de la doctrine profonde à laquelle s’appliquent ses différents membres » (Le Crocodile, chant 15).

Nul ne s’en étonnera, lorsque l’on sait l’immense admiration qu’il manifesta, en ces domaines (et sa précieuse bibliothèque en témoigna), pour les penseurs augustiniens qui, par-dessus tout, s’attachèrent à l’importance salvifique de la grâce dans la vie surnaturelle de l’âme, en raison de l’état déchu de la créature.

L’office des défunts de Robert Amadou, eut lieu en l’Eglise syriaque orthodoxe d’Antioche, à Montfermeil, et sa dépouille conduite au cimetière du Père Lachaise, honorée de trois roses entrecroisées, déposées par l’ancien Grand Maître de la Grande Loge Suisse Alpina.

Que l’Eternel le tienne en sa Sainte Garde. Amen.

15/11/2012

"Emanation et Création chez Martinès de Pasqually" (J.-M. Vivenza, note revue et enrichie par l'auteur)

Emanation.jpgNous avions récemment repris sur nos colonnes, la seconde note de l’article de Jean-Marc Vivenza précédemment référencé[1], consacrée à certaines notions majeures du corpus martinésien, faisant l’objet de confusions répandues, y compris au sein des Ordres et des familles de pensées qui s’en réclament actuellement.

Cette note, reprise et enrichie par l’auteur, sur des questions aussi fondamentales que la distinction entre l’émanation "quaternaire" et la Création "ternaire", ou l’apparence du composé matériel, nécessitait que nous en proposions une nouvelle édition. Elle représente désormais une étude à part entière, et complémentaire à la récente parution de La doctrine de la réintégration des êtres (éditions La Pierre Philosophale, novembre 2012).

 

Emanation et Création chez Martinès de Pasqually

 

Pour se confronter à une conception métaphysique, théologique ou théogonique de la Création, encore faut-il en comprendre la logique interne, en posséder les concepts pour les utiliser correctement et, surtout, ce point est essentiel, en avoir apprivoisé sérieusement le vocabulaire et les éléments théoriques. Faute de quoi, on tombe fatalement, en se risquant à des propositions imaginaires animées par un zèle missionnaire pouvant porter jusqu'aux visions illusoires - et parfois à quelques égarements excessifs générés sans doute par ces trompeuses illusions qui produisent à l'occasion d'étranges fièvres irrationnelles - dans la littérature fantasmée, la romance subjective et la fabulation personnelle, en s’éloignant entièrement de l’exercice de la pensée analytique précise qui s’impose en ces sujets. On peut, bien évidemment, raconter des tas de choses avec le sentiment de la vérité, sentiment naïf un rien touchant, qui pourtant cumule souvent les erreurs manifestes et les contresens variés, tout en conjuguant l’inexactitude avec la méprise radicale conduisant directement à la formulation d’absurdités, dont on s’étonnera de les voir régulièrement proférées avec la conviction, qui n’est pas sans faire sourire, de la béate certitude.

a)  Différence entre émanation et Création

L’une des plus répandues, parmi les absurdités évoquées portant sur l’œuvre divine dans la doctrine de Martinès, consiste à confondre à l’intérieur de l’action du Créateur deux processus pourtant très distincts et absolument différents : l’émanation et la Création. L’émanation - qui n’est pas complètement exempte de nécessité puisque Dieu « émane » dans la conception de Martinès, contrairement au récit biblique et à la position dogmatique de l’Eglise, ni uniquement par « charité », ni pour faire participer ses créatures de son amour infini, mais pour avoir simplement des « témoins » de sa gloire, ce qui limite considérablement  la perspective ontologique de l'intention de l'Etre éternel - relève d'une action bien particulière très différente de la Création. On peut de ce fait gloser pendant de longs développements sur la notion de « gloire », et le sujet ne manque pas d’intérêt, mais cet exercice est cependant d’une aide plus que réduite pour la compréhension du problème qui nous occupe, soit celui de la Création contrainte du monde matériel selon la doctrine de Martinès et le développement de l’histoire divine telle que présentée dans son Traité. Or, pour comprendre quel est le sens de la Création matérielle, il faut se pencher attentivement, non seulement sur ce qui différencie émanation et Création sur le plan ontologique, mais sur ce qui suivit l’émanation des esprits, car après l’émanation on assiste dans le récit de Martinès, à un évènement dramatique : la volonté des esprits célestes d’égaler Dieu dans sa puissance créatrice. En effet ces êtres émanés voulurent se rendre semblables à Dieu en générant des créatures spirituelles En conséquence de quoi l’univers matériel fut créé, et c’est là le point central de la conception martinésienne, de façon contrainte pour devenir le lieu fixe dans lequel seront emprisonnés les esprits pervers : « A peine ces démons, ou esprits pervers, eurent conçu d'opérer leur volonté d'émanation semblable à celle qu'avait opérée le Créateur, ils furent précipités dans des lieux de ténèbres, pour une durée immense de temps, par la volonté immuable du Créateur.» (Traité, 15). Cette Création matérielle de l’univers physique, lieu de « ténèbres », de « sujétion » et de « misère impure », se différencie ainsi considérablement de l’émanation et de la génération des esprits. On n’est plus du tout, mais alors vraiment plus, dans le même cadre, on entre, du point de vue chronologique et métaphysique, dans le domaine de la sanction, de la privation, de l’exil et de la corruption, en quittant la région du rayonnement de la « gloire ». C’est pourquoi, pour éviter une confusion dont les conséquences seraient redoutables, visant à conférer à cet univers physique matériel les qualités ou les motifs de l’immensité divine en s’attachant aux formes terrestres vouées à la dissolution et l’anéantissement et en leur accordant une dignité et une destination qu’elles n’ont pas, Martinès met fermement en garde son lecteur : « Gardez vous, prévient-il, de confondre la création avec l'émanation ! La création n'appartient qu'à la matière apparente, qui, n'étant provenue de rien si ce n'est de l'imagination divine, doit rentrer dans le néant, mais l'émanation appartient aux êtres spirituels qui sont réels et impérissables. » (Traité, 138).

Il n’existe donc nulle possibilité d’établir un lien d’équivalence, ou de similitude, ni dans l’intention, ni dans l’exécution, entre l’émanation et la Création qui ne participent pas du tout du même processus mais relèvent de deux actions entièrement différentes, faisant qu’il n’y a pas une « double création » chez Martinès, proposition qui n’a strictement aucun sens, mais deux actions justifiées par deux causes extrêmement dissemblables. L’une est « l’émanation » pour la gloire de l’Eternel, l’autre la « Création » en punition de la prévarication. Et de l’une à l’autre il n’existe aucun rapport possible de comparaison ou d’équivalence, car elles portent sur des domaines essentiellement et substantiellement différents de par leur mode d’apparition à l’existence : « Les eaux qui se sont élevées jusqu'aux portes du firmament et qui ont dérobé toute la nature à vos yeux vous représentent le néant où était la nature universelle avant que le Créateur eût conçu, dans son imagination, d'opérer la création, tant spirituelle que temporelle. Il vous fait voir clairement que tout être temporel vient immédiatement par l'ordre de sa pensée et de sa volonté et que tout être spirituel divin vient directement de son émanation éternelle.»  (Traité, 138) ;  «...aucun être ne peut se revêtir de la substance d'une forme apparente, sans qu'elle ne soit composée de ces trois principes. » (Traité, 230), ceci montrant bien que pour être apparentes, les formes matérielles ne sont pas pour autant dépourvues de substance, loin de là même, puisque cette substance est composée de trois principes, soit d'une loi ternaire déterminée par une force de corruption, de dissolution et d'anéantissement, loi imposée en punition d'une "opération impure et mauvaise" (Traité, 30) !

Et la distinction entre émanation et création porte bien sur une différence substantielle comme l'explique Martinès : « Vous savez que le nombre ternaire est donné à la terre, ou à la forme générale, et aux formes corporelles de ses habitants, de même qu'aux formes des habitants célestes. Ce nombre ternaire provient des trois substances qui composent toutes les formes quelconques et que nous nommons principes spiritueux, soufre, sel et mercure, comme émanant de l'imagination et de l'intention du Créateur. Ces trois principes ayant été produits dans un état d'indifférence, l'axe central les a disposés et les a opérés pour leur faire prendre une forme et une consistance plus consolidée, et c'est de cette opération de l'axe central que proviennent toutes les formes corporelles, de même que celles dont les esprits pervers devaient se revêtir pour leur plus grande sujétion. C'est aussi, par conséquent, de ces mêmes substances qu’étaient composées les formes corporelles de Kaïn et de ses deux sœurs, dont nous expliquons maintenant le type. » (Traité, 73).

Retenons donc qu’à l'évidence il n'y a, non pas « deux créations » pour Martinès, mais une « émanation glorieuse », puis une « création matérielle » produite par un changement de la forme glorieuse en une forme de matière substantiellement impure, dite apparente puisque créée en punition de la prévarication ; et telle est la distinction extrêmement importante à ne jamais oublier sous peine de tomber dans des erreurs grossières. Cette vérité est au cœur central de la thèse martinésienne.

b) Distinction fondamentale entre l'émanation "quaternaire" et la Création "ternaire"

Et cette vérité se distingue en fonction de l’essence divine elle-même, qui est « triple » relativement à la création, et « quatriple » relativement à l'émanation. Tout ce qui touche à l’émanation d'Adam est régi par le quaternaire, tout ce qui touche à la création matérielle relève du ternaire : « Les esprits pervers sont assujettis aux mineurs, ayant dégénéré de leur puissance supérieure par leur prévarication. Les bons esprits sont également assujettis à l'homme par la puissance quaternaire, 4, qu'il reçut avec son émanation. Cette puissance universelle de l'homme est annoncée par la parole du Créateur, qui lui dit : “J'ai tout créé pour toi, tu n'as qu'à commander pour être obéi.” » (Traité, 16).

Ce qui est émané relève du quaternaire, ce qui est créé relève du ternaire : « ce fameux nombre ternaire de création de toute forme quelconque… » (Traité, 48), et ce ternaire préside à toute la création matérielle : « les trois essences spiritueuses qui composent les différentes formes corporelles de matière apparente, tant celles de l'être raisonnable que celles de l'être irraisonnable. Joignez ces deux nombres ternaires vous verrez, par leur produit sénaire, le nombre de création divine, ou les six pensées du Créateur pour la création universelle, générale et particulière. » (Traité, 60). La distinction fondatrice, qui distingue substantiellement émanation et création, est résumée ainsi par Martinès : « Le nombre ternaire apprendra à connaître l'unité ternaire des essences spiritueuses dont le Créateur s'est servi pour la création des différentes formes matérielles apparentes, et le nombre quaternaire nous apprend à connaître le nombre spirituel divin dont le Créateur s'est servi pour l'émanation spirituelle de tout être spirituel de vie, qui sont les esprits majeurs, vivant qui est donné au Christ et de privation qui sont les démons et les mineurs qui sont tombés sous leur puissance. » (Traité, 64).

La distinction entre « quaternaire » et « ternaire » est donc essentielle et fondamentale pour comprendre la différence ontologique qui sépare émanation et création, l’oublier participe d’une incompréhension profonde, absolue et radicale de ce qui fonde, et ce sur quoi repose, toute la doctrine de la réintégration : 

3. Nombre appartenant à la terre ou à l'homme

4. Quatriple essence divine.

9. Démoniaque appartenant à la matière.  (Traité, 66).

La barrière entre l'émanation et la création est donc infranchissable, elle sépare deux mondes, deux domaines antithétiques, dissemblables, irréconciliables et totalement étrangers l'un à l'autre, en raison de la pureté immatérielle de ce qui se rapporte à la divinité pour le premier domaine des esprits émanés, de l'impureté ténébreuse de ce qui appartient à la matière apparente pour les formes créées de  ténébreuses.

c) L'apparence désigne le composé matériel créé irréel, mais en tant que fruit d’une « opération impure et d’une volonté mauvaise »

Il est d'ailleurs intéressant de se pencher un instant sur la notion "d'apparence" - sachant le caractère démoniaque de tout ce qui est de l'ordre de la matière pour Martinès -, et dont on voudrait faire une utilisation de ce terme "d'apparent" avec pour finalité de minorer l'aspect foncièrement impur du composé matériel, apparence qui n’est pas uniquement synonyme de fantasmatique ou de purement illusoire, de non concret, bien que cette idée soit effectivement présente chez Martinès, montrant une nette influence platonicienne en reprenant l’attribution de l’apparence, par une distinction qui  est à la fois ontologique et épistémologique puisqu’elle se rapporte à divers degrés d’être, à des réalités appelées « formes » ou « idées » qui sont des « archétypes » conçus idéalement, dans le monde de l’esprit, et dont sont issues, par dégradation et éloignement les choses du monde sensible, néoplatonisme aisément décelable teinté de kabbale dont on sait les profondes tendances acosmiques qui possèdent des traces évidentes de dualisme et de gnosticisme regardant la Création, et surtout la matière, comme un rêve, une illusion qui doit s'évanouir pour retourner à l’Un à  l'Absolu., position très voisines de la thèse védântine par excellence, mais dont Isaac Louira (+1572) poussera assez loin la problématique, notamment celle du chevirat hakelim (réparation de la fracture) dans son Sefer haGilulim.

Par delà le fait que soutenir que l’homme fut revêtu, par dégénérescence, d’une « matière apparente » en conséquence « funeste » de la chute, comme un accident affecterait une substance première qu’il recouvrirait, tel un « vêtement épais », en la « densifiant » - proposition transpirant les classiques thématiques dualistes et gnostiques radicalement insoutenable pour l’Eglise – essayer en parallèle de s’appuyer vainement, en désespoir de cause, sur « l’apparence » pour tenter d’acclimater le système de Martinès avec les positions ecclésiales, relève comme toujours de vues profondément chimériques renforçant plus encore l’incohérence d’une position cherchant d’impossibles conciliations dogmatiques, alors qu'il serait bien plus raisonnable et singulièrement plus honnête d'admettre les difficultés et de les assumer ou de s'en écarter en s'éloignant de thèses objectivement non solubles dans l'eau des déclarations conciliaires, ce qui ne peut qu'aboutir inévitablement à une impasse catégorique, stérile et inutile.

En effet, l'Eglise soutient que loin d’avoir conçu un monde de matière « apparente », c’est-à-dire un monde qui serait «  faux, feint et simulé » (sic), Dieu a posé dans l’existence, a porté à l’être et à la réalité, le monde de la création, l'univers créé, comme étant un signe de sa propre manifestation, et c’est même, comme le soulignent tous les Pères, sa première manifestation pour que nous connaissions Dieu à partir, précisément des œuvres créées qui nous donnent une connaissance certaine du Créateur. Nul caractère « apparent » dans la Création ! Le livre de la nature matérielle est le seul livre écrit de la main de Dieu Lui-même, il n’est pas – proposition qui serait regardée comme saugrenue par n’importe quel théologien, une « apparence » (sic), y compris si l’on se tortille pour dire que cette apparence n’en est pas vraiment une, car elle n’est qu’une conséquence de la Chute. Car la Chute précisément selon l’Ecriture, a introduit un affaiblissement dans le monde matériel en y faisant entrer la mort, mais ne l’a pas rendu « apparent », elle ne l’a pas fait passer de la réalité à la simulation, de l’authenticité à la feinte, de l'objectivité à l'illusion ou à la fausseté. Ce monde matériel est tout à fait réel, concret et bon pour l’Eglise, le corps charnel de l’homme n’est en aucun cas une illusion, et surtout, il ne « souille » pas le corps glorieux en « altérant sa forme » (sic) !

La Création, même après la Chute, à partir des œuvres de Dieu - à partir de ses poèmes, "ta poiêmata", comme dit Paul – nous révèle Dieu Lui-même au point que l’apôtre dit que les païens sont inexcusables de ne pas avoir connu Dieu comme Créateur :  « Ils sont donc inexcusables, puisque, ayant connu Dieu, ils ne l’ont pas glorifié comme Dieu et ne lui ont pas rendu grâces ; mais ils se sont égarés dans de vains raisonnements, et leur cœur sans intelligence a été plongé dans les ténèbres. Se vantant d’être sages, ils sont devenus fous ; et ils ont remplacé la gloire du Dieu incorruptible par des images représentant l’homme corruptible, des oiseaux, des quadrupèdes et des reptiles (…) eux qui ont remplacé la vérité de Dieu par le mensonge et qui ont adoré et servi la créature au lieu du Créateur, qui est béni éternellement. » (Romains I, 19-25). Si cette Création matérielle avait été « apparente » suite au péché d'Adam, alors ce sont les païens, n’y voyant pas la main de Dieu mais celle des esprits inférieurs actionnant les essences spiritueuses de l’axe feu central, qui auraient eu raison contre saint Paul !

Mais, ce qui renforce plus encore l'éloignement par rapport aux positions ecclésiales, c'est que ce qui est dit « apparent » ne signifie pas seulement inexistant ou irréel dans la langue de Martinès, même si ce sens est tout à fait exact, mais « créé », et en ce qui concerne la matière, créée de façon imparfaite, impure et souillée « puisqu'elle est le fruit de l'opération d'une volonté mauvaise » (Traité, 30). Le fait que la matière soit un mal, n’est lié à aucune notion « dualiste » qui la ferait coéternelle à Dieu, ce qui est une nouvelle erreur consécutive à une grave confusion entre les notions de temporalité et de substance, mais parce qu’elle participe d’une « opération impure et d’une volonté mauvaise », lui conférant un caractère ténébreux et mortifère, qui plus est produite par des esprits inférieurs agissant sur ordre du Créateur pour former les corps à partir des trois essences spiritueuses : « les esprits inférieurs, ayant reçu l'ordre du Créateur pour la construction de l'univers, ainsi que l'image de la forme apparente qu'il devait avoir, produisirent d'eux-mêmes les trois essences fondamentales de tous les corps, avec lesquels ils formèrent le temple universel (...) des esprits inférieurs producteurs des trois essences spiritueuses d'où sont provenues toutes les formes corporelles » (Traité, 256). 

A ce sujet le Dictionnaire Universel Français et Latin, imprimé à Trévoux (1704-1771), qu’il est bon de consulter en effet si tant est qu’on veuille bien le lire, et surtout le citer correctement, donne de nombreuses acceptions au terme « Apparence ». Dans un premier sens, sous sa forme nominale féminine, en effet est dit relevant de l’apparence «La surface des choses, ce qui d’abord frappe les yeux (…). Se dit aussi de ce qui est opposé à la réalité, qui est faux, feint et simulé (…). Reste, marque, vestige, trace de quelque chose » (Trévoux, t. I, 1771, p. 485). Mais la définition est la suivante pour la forme adjectivale : « Apparent, ente, adj., 1. Ce qui est visible, certain, évident, dont on ne peut douter (…)….2. Se dit de ce qui n’est que vraisemblable (…) 3. Se dit aussi de ce qui est faux, qui paraît d’une façon et qui est de l’autre. » (Ibid., p. 486). On remarque donc un léger glissement sémantique, faisant que l’apparence peut désigner de trois manières une même réalité, mais dans les trois acceptions adjectivales, la question de la nature de cette apparence et la sa raison n’est pas abordée. Or, ce qui nous intéresse au premier chef, Martinès répond à cette question et nous indique que cette nature se rapporte à son caractère impur, « fruit d’une opération ténébreuse » et d’une « volonté mauvaise », par ailleurs produite par les esprits inférieurs pour y insérer les démons puis Adam. Et cette nature démoniaque ténébreuse n’est pas en rapport avec son apparence – qui relève du mode de conception par création et non par émanation - mais avec sa substance, qui elle est un produit, le résultat d’une « opération impure et d’une volonté mauvaise » (Traité, 30).

Nous sommes donc, dans le cadre de la matière apparente, face à deux domaines différents qui se conjuguent et renforcent deux caractères eux-mêmes tout à fait distincts et opposés :

1. L’émanation et la création /(réalité impérissable / forme apparente).

2.  Formes glorieuse et matière impure / (volonté divine / opération mauvaise).

« Apparent » signale donc des formes matérielles créées, c’est-à-dire des causes secondes qui dépendent dans leur être de la pensée du Créateur : « Cette forme glorieuse n'est autre chose qu'une forme de figure apparente, que l'esprit conçoit et enfante selon son besoin et selon les ordres qu'il reçoit du Créateur.» (Traité, 47), mais des formes qui pour être dénuées de réalité véritable sur le plan des êtres émanés - le seul réel pour Martinès -, n'en sont pas moins substantiellement impures et mauvaises. Les formes apparentes dans le vocabulaire martinésien, sont ainsi des formes matérielles irréelles, fausses et mensongères, qui relèvent d’une finitude, d’une limite, témoignant d’une carence ontologique, mais qui sont également souillées, impures et ténébreuses, en raison de leur caractère passif et de leur origine : « L'homme porte sur sa forme la figure réelle de la forme apparente qui apparut à l'imagination du Créateur et qui fut ensuite opérée par des ouvriers spirituels divins et mise en substance de matière apparente solide passive, pour la formation du temple universel, général et particulier. » (Traité, 79). Voilà pourquoi la carence ontologique dont est frappée la chair d’Adam, son enveloppe matérielle ténébreuse, est destinée à l’anéantissement précisément à cause de son caractère « apparent », ce qui veut dire qu'elle est destinée à la finitude et vouée à la dissolution contrairement aux être émanés impérissables car immatériels : « La création n'appartient qu'à la matière apparente, qui, n'étant provenue de rien si ce n'est de l'imagination divine, doit rentrer dans le néant, mais l'émanation appartient aux êtres spirituels qui sont réels et impérissables. » (Traité, 138) - Willermoz précise de même en des  termes identiques à ceux de Martinès :  « ce corps est un néant, parce que la matière générale dont ce corps est une faible partie, n’ayant point de réalité, mais seulement une apparence qui doit disparaître un jour, est véritablement un néant »  (Jean-Baptiste Willermoz, FM 509, 3e Cayer [C]), B N Paris, I. De la liberté et des facultés des êtres spirituels et de leur émancipation).

Cette matière formant le corps charnel d'Adam, est donc désignée comme « apparente » pour Martinès, car elle est vidée de toute dimension spirituelle, provient d'un principe ternaire dépendant d'un nombre de corruption et de dissolution, elle est le fruit d'une origine impure, souillée, infectée et ténébreuse et doit donc être anéantie et non "spiritualisée" lors de la réintégration : « puisqu'elle est le fruit de l'opération d'une volonté mauvais » (Traité, 30). 

d) Adam a été émané sous une "forme glorieuse" par nécessité

Par ailleurs, autre point singulièrement important pour notre réflexion à propos de ce qui distingue émanation et Création, la division entre monde matériel et immatériel, entre formes passives d’apparence de matière ténébreuse et formes impassives ne date absolument pas pour Martinès de la prévarication d’Adam, mais de la première prévarication des esprits pervers qui eut pour effet de contraindre le Créateur de créer « l’univers physique en apparence de forme matérielle, pour être le lieu fixe où ces esprits pervers auraient à agir et à exercer en privation toute leur malice. » (Traité, 6). Adam apparaît ainsi sur la scène de l’histoire divine comme un esprit émané quaternaire, un être immatériel qui, de par sa faute, sera précipité dans un corps de matière ténébreuse formé, selon une loi ternaire, par les essences spiritueuses - « trois essences spiritueuses d'où sont provenues toutes les formes corporelles » (Traité, 256) -, ce qui d’ailleurs, redisons-le une nouvelle fois, toutes ces thèses relèvent de conceptions que l’Eglise rejette violemment mais que Martinès professe et soutient, soit celle de l’ensomatose, c’est-à-dire de l’incorporisation d’un esprit immatériel, celui d'Adam, dans ce monde sensible - être préexistant au sein de la vie divine avant sa chute dans le corps - en raison d’une faute antérieure : « Vous savez que le Créateur émana Adam homme-Dieu juste de la terre, et qu'il était incorporé dans un corps de gloire incorruptible. » (Traité, 43). Mais si Adam a été placé initialement selon Martinès dans une forme purement spirituelle et glorieuse certes, cette forme toute glorieuse qu’elle fût répondait cependant à une nécessité, et pas des moindres.

De quelle type cette nécessité ?

Voici la réponse : « La forme dans laquelle Adam fut placé était purement spirituelle et glorieuse, afin qu'il pût dominer sur toute la création, et exercer librement sur elle la puissance et le commandement qui lui avaient été donnés par le Créateur sur tous les êtres. » (Traité, 47). L’homme a donc été émané en réalité, comme nous le constatons, non pour bénéficier d’un don gratuit, d’une vie libre non soumise à aucun objet particulier, offerte par un don gratuit pour le simple le bonheur de l’homme et de sa postérité, mais pour combattre les esprits pervers : « Nous comprendrons aisément, par cette figure, que l'homme n'avait été émané que pour être toujours en aspect du mauvais démon, pour le contenir et le combattre. La puissance de l'homme était bien supérieure à celle du démon, puisque cet homme joignait à la sienne celle de son compagnon et de son intellect et que, par ce moyen, il pouvait opposer trois puissances spirituelles bonnes contre deux faibles puissances démoniaques ; ce qui aurait totalement subjugué les professeurs du mal et, par conséquent, détruit le mal même. » (Traité, 16).

Ainsi ce caractère de « nécessité », présidant à toute la doctrine de la réintégration, va si loin - et c’est là un point qui n’est généralement pas du tout perçu dans ce qu’il signifie réellement sur le plan théorique par les commentateurs de Martinès – que sans la première prévarication des esprits révoltés Dieu n’aurait sans doute jamais créé l’homme, Adam, le mineur spirituel - « l'ordre de l'émanation des mineurs spirituels n'a commencé qu'après la prévarication et la chute des esprits pervers » (Traité, 233) - montrant bien que l’ensemble du corpus conceptuel martinésien est fondé, sous-tendu, appuyé sur cette loi de « contrainte nécessaire » qui participe d’une approche très différente de la gratuité de la Création telle qu’enseignée, et soutenue officiellement, par le dogme de l’Eglise qui insiste sur la fait que Dieu crée à partir « de rien » (ex nihilo ; 2 M 7, 28) un monde ordonné et bon, qu’Il transcende à l’infini, en une action créatrice indépendance de toute contrainte extérieure : Deus ex solis suae naturae legibus, et a nemine coactus agit. On le voit, la doctrine de la réintégration est une pensée singulièrement originale de par sa distance d’avec la conception de l’Eglise, possédant ses critères propres et sa logique interne spécifique, tant sur le plan métaphysique, spirituel et initiatique, qu’il convient de comprendre, pour ensuite les respecter, sous peine de tomber dans des divagations fantaisistes.

Une question cependant. La couche glorieuse où fut émancipé Adam, que le Traité nous présente comme « figurée par six et une circonférence » dont les six cercles signalaient les six pensées du Créateur utilisées pour la création du temple universel : « les six cercles, le Créateur représentait au premier homme les six immenses pensées qu'il avait employées pour la création de son temple universel et particulier » (Traité, 22), était-elle uniquement immatérielle ne comportant que « l’apparence de forme matérielle », ou bien avait-elle déjà en son sein des régions de matière ténébreuse ?

e) Les démons n’ont pas été enfermés dans un « chaos », ils ont été chassés du Ciel et sont restés des esprits

Tout d’abord une précision, cette couche n’est pas le temple universel, mais une « figure » de ce temple, ce qui est bien différent. Les circonférences tracées par l’Eternel lors de l’émancipation d’Adam, sont un symbole, un signe, mais non la chose même ; elles ont pour fonction d’évoquer, de représenter,  tout en isolant et protégeant Adam, mais ne sont pas la réalité objective du temple universel, elles ne sont « qu'une forme de figure apparente », qui est transitoire aussi vite réintégrée que générée par l’esprit : « Cette forme glorieuse [dans laquelle Adam fut placé], n'est autre chose qu'une forme de figure apparente, que l'esprit conçoit et enfante selon son besoin et selon les ordres qu'il reçoit du Créateur. Cette forme est aussi promptement réintégrée qu'elle est enfantée par l'esprit. » (Traité, 47).

Ce premier point est important car il permet de comprendre que cette projection en forme de figure apparente, ne prétend pas être concrètement, le temple universel, mais uniquement son image, sa « figure » apparente. Reste toutefois à savoir, comme il nous a été donné de le lire non sans étonnement, si les essences spiritueuses détachées dans l’axe feu central en raison de la prévarication des démons, se trouvaient à l’état de « chaos indifférencié » assimilable à l’abîme d’avant la Création, considérant que leur opération leur avait valu un séjour dans la privation, c’est-à-dire, un simple éloignement de Dieu : «…c'est pour avoir tenté une opération opposée aux lois immuables du Créateur que les démons se trouvent n'avoir d'autre puissance que cette puissance quinaire de confusion et qu'ils sont précipités dans les abîmes de la privation divine pour une éternité. » (Traité, 240) ? Si on répond positivement, pour tenter de faire correspondre la position de Martinès avec le texte de la Genèse par une acrobatie thématique entre la couche spirituelle, dans laquelle le Créateur plaça son premier mineur et l’abîme de la privation divine – même si on est encore très loin des définitions dogmatiques de l’Eglise mais disons que l’intention de s’en approcher est assez aisément décelable malgré une impossibilité catégorique que certains se refusent à admettre – alors on peut donner libre cours à une relecture assez osée du Traité, allant jusqu’à soutenir, en inférant « l’abîme de privation » avec le « tohu bohu » de Genèse I, une très hypothétique correspondance avec « l’exégèse des Pères de l’Eglise », ce qui d’ailleurs n’aurait pas manqué de faire sursauter vigoureusement les vénérables auteurs placés sur les autels des différentes confessions chrétiennes, sans même parler de leurs prévisibles réactions s’ils avaient pu se pencher sur les thèses du Traité de Martinès. Ce type d’exercice visant à faire rentrer dans le moule ecclésial la pensée martinésienne, auquel nous sommes à présent habitué, se heurte cependant à une sérieuse difficulté, et elle n’est pas mince : c’est qu’on ne peut assimiler la création matérielle consécutive à la prévarication des esprits rebelles à « l’abîme » sur lequel l’esprit de Dieu planait au tout début de la Création. Le passage de l’Ecriture : « Au commencement Dieu créa les cieux et la terre. Et la terre était informe et vide ; les ténèbres couvraient l’abîme et l’Esprit de Dieu reposait sur les eaux » (Genèse I, 1-2), ne fait pas du tout écho à une sanction, à une région matérielle constituée pour y enfermer les démons, ces deux versets indiquent l’acte et l’état primitifs qui ont servi de point de départ à l’œuvre ordonnatrice d’où est procédé l’univers tel que nous le contemplons actuellement, et c’est cette définition qui est reprise et sur laquelle insistent tous les Pères de l’Eglise, la plupart se refusant à spéculer sur l’intervalle entre les deux versets de Genèse 1, 1 et Genèse 1, 2. Aucun d’eux ne soutient l’idée d’une identité entre l’abîme sur lequel l’Esprit de Dieu reposait, et un lieu où les démons auraient été placés dans une sorte de magma indifférencié, de situation latente et intermédiaire, et ceci pour une raison évidente, c’est que les démons pour la dogmatique chrétienne, n’ont pas été enfermés dans un « chaos » fût-il originel, en réponse à leur révolte, ils ont été chassés du Ciel certes, mais ils sont restés des esprits !

f) La Création du monde matériel est une conséquence de la prévarication

Très différente la position de Martinès, vis-à-vis de laquelle il ne peut y avoir nulle contestation, pour lui le monde matériel a été conçu, avant l’émanation d’Adam, pour servir de prison aux esprits révoltés ! Il le rappelle constamment dans le Traité, et ajoute ceci sur quoi il importe d’insister : sans prévarication il n’y aurait jamais eu de Création, et ce point est en contradiction absolue, encore une fois, d’avec la conception de la Création selon le dogme de l’Eglise pour lequel la Création n’est pas une conséquence de la Chute, mais un don d’amour, l’expression d’une générosité diffusive, un témoignage de pure Charité. Avec Martinès la tonalité est donc tout autre, radicalement autre même comme on peut en juger : « Sans cette première prévarication, aucun changement ne serait survenu à la création spirituelle, il n’y aurait eu aucune émancipation d'esprits hors de l'immensité, il n'y aurait eu aucune création de borne divine, soit surcéleste, soit céleste, soit terrestre, ni aucun esprit envoyé pour actionner dans les différentes parties de la création. Tu ne peux douter de tout ceci, puisque les esprits mineurs ternaires n'auraient jamais quitté la place qu'ils occupaient dans l'immensité divine, pour opérer la formation d'un univers matériel. Par conséquent, Israël, les mineurs hommes n'auraient jamais été possesseurs de cette place et n'auraient point été émanés de leur première demeure ou, s'il avait plu au Créateur de les émaner de son sein, ils n'auraient jamais reçu toutes les actions et les facultés puissantes dont ils ont été revêtus de préférence à tout être spirituel divin émané avant eux. » (Traité, 237).

Est-ce clair, ou est-il encore besoin d’y insister ?

Soulignons tout de même, en insistant car il importe de le faire, sur ce passage significatif où est soutenue l’affirmation énorme, absolument insoutenable pour le dogme de l’Eglise, portant sur l'acte de Création de l’Eternel motivé par la prévarication : « Tu ne peux douter de tout ceci, puisque les esprits mineurs ternaires n'auraient jamais quitté la place qu'ils occupaient dans l'immensité divine, pour opérer la formation d'un univers matériel. Par conséquent, Israël, les mineurs hommes n'auraient jamais été possesseurs de cette place et n'auraient point été émanés. »(Traité,237).

Il n’est donc pas question lors de l’émanation d’Adam, qui surgit dans un univers marqué par la prévarication des esprits précipités dans les fers de la matière ténébreuse, d’une Création conservée « pure, glorieuse et lumineuse, inondée de l’Esprit de Dieu » (sic) - soutenir ceci n’a strictement aucun sens et participe d’une vue illusoire forgée par la volonté de plier Martinès à des conceptions dogmatiques qui lui sont étrangères et dont il est  très éloigné en raison de ses thèses qui tombent toutes sous le coup des plus sévères et rigoureuses censures ecclésiales et conciliaires -, mais d'un univers déjà distingué en trois parties : l’Immensité divine, l’Immensité surcéleste et l’Immensité céleste contenant le Monde terrestre, univers qui vient de traverser un drame consécutif au surgissement abominable du « principe du mal spirituel » (Traité, 5). Et cette idée centrale qui fonde la pensée de Martinès, à savoir que sans la prévarication aucun changement - ce qui signifie aucune création matérielle terrestre - ne serait intervenu, est sans cesse expliquée tout au long du Traité qui en fait quasiment une réitération constante de son exposé doctrinal en insistant sur le fait que la prévarication d’Adam a fait descendre l’homme et toute sa postérité dans un monde, non pas émané, mais créé, et l’a fait descendre sous une forme matérielle différente de celle des mondes supérieurs où il avait été émancipé, nous montrant que la Création qui suivit la prévarication des premiers esprits n’a, et à aucun moment, était ni créée, ni placée dans un état glorieux : « Oui, si ce premier mineur n'eût point prévariqué, il ne serait jamais devenu habitant de ce monde terrestre matériel, il n'aurait point désuni sa puissance divine quaternaire pour la rendre simplement inférieure et ternaire, ainsi que te le prouve le simple triangle sensible où sont attachés trois corps planétaires, la Lune, Vénus et Jupiter. Mais cette prévarication a fait descendre l'homme sur cette surface et l'a précipité dans un monde tout opposé à celui pour lequel il avait été émancipé. Tu vois en effet que le monde céleste conserve toujours la forme de son origine et sa similitude avec le surcéleste et le divin, mais le monde inférieur n'a qu'une forme matérielle et différente de celle des trois mondes supérieurs. C'est par la désunion que tu aperçois dans le double triangle de ce monde sensible que tu peux concevoir la privation du premier mineur et de ceux qui résident dans ce lieu de ténèbres, privation qui assujettit ces mineurs spirituels aux peines du corps et à celles de l'esprit. » (Traité, 242).

 

Conclusion : il faut, d'abord et avant tout, avant que de s'exprimer sur ces sujets, apprendre la nécessité de toute chose créée et celle de tout être émané et émancipé

Quant à la place occupée par Adam originellement, elle a été souillée puis purifiée par l’Eternel, et c’est dans ce lieu de nouveau saint, ce cercle qui n’aurait point été émané s’il n’y avait eu une première prévarication – de même qu’il n’y aurait pas eu de création matérielle - que la postérité humaine doit être réintégrée : « Apprends de moi que cette même place existe et existera dans toute sa propriété éternellement. Elle a été souillée par la prévarication d'Adam, mais elle a été purifiée par le Créateur, ainsi que te l'assure la réconciliation du premier homme. Oui, c'est dans ce saint lieu qu'il faut que la postérité mineure spirituelle d’Adam soit réintégrée. C'est le premier chef-lieu que le mineur a habité, dès son émancipation divine, et la prévarication du premier homme ne l'en a exclu que pour toute la durée du temps. Observe donc ici que c'est l'émancipation de ce cercle mineur qui désigne et qui complète la quatriple puissance divine, sans laquelle le mineur n'aurait aucune connaissance parfaite de la Divinité. L'émanation de ce cercle n'aurait point eu lieu sans la prévarication des démons ; sans cette prévarication, il n'y aurait point eu de création matérielle temporelle, soit terrestre, soit céleste ; n'y ayant eu ni l'une ni l'autre, il n'y aurait point eu d'immensité surcéleste ; toute action d'émanation spirituelle se serait faite dans l'immensité divine, de même que toute espèce de création de puissance pour les esprits émanés dans cette même immensité. Considère donc ce qu'a occasionné la prévarication des mauvais esprits ; réfléchis sur cette création universelle, réfléchis sur ton émanation. Tu apprendras à connaître la nécessité de toute chose créée, et celle de tout être émané et émancipé. » (Traité, 224).

 


[1]Jean-Marc Vivenza, « Pour un retour à la pensée d’Origène ou La Sainte Doctrine parvenue d'âge en âge par l'Initiation jusqu'à nous », novembre 2012, http://jean-marcvivenza.hautetfort.com/archive/2012/11/13/la-doctrine-de-la-reintegration-des-etres.html

 

 

La doctrine de la réintégration des êtres

Pour un retour à la pensée d’Origène ou :

« La Sainte Doctrine parvenue d'âge en âge par l'Initiation jusqu'à nous »

Jean-Marc Vivenza

A lire sur : http://jean-marcvivenza.hautetfort.com/archive/2012/11/13...

3273424901.jpg

« Prière pour demander à Dieu le bon usage des maladies » (Blaise Pascal)

DEVEDEUX LouisBlaisePascal.jpg

 

En tête du recueil des Divers Traités de Piété (1666), dont la plus ancienne édition confirme la provenance janséniste, se trouve la Prière pour demander à Dieu le bon usage des maladies,  de Blaise Pascal (1623-1662).

La maladie, en retranchant l’auteur de la dévotion collective, révèle « une souffrance et une piété vécues [1]», aux profondes implications théologiques, en lien étroit avec la thématique augustinienne de la grâce.

 

 

 

Téléchargement du texte

Pdf.jpgPrière pour demander à Dieu le bon usage des maladies (Blaise Pascal).pdf

 

 


[1] On se reportera sur cette question, à la brillante  étude de Jean-Paul Amann, publiée dans le « Revue de l’histoire des religions », tome 217, n°3, 2000, pp. 381-386, et consultable en ligne : http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/rhr_0035-1423_2000_num_217_3_1036

Actualités de Port-Royal : la « nuit de feu » de Blaise Pascal

 

Port Royal.jpg« La nuit de feu à Port-Royal de Paris »


La conversion de Blaise Pascal dans la nuit du 23 au 24 novembre 1654 sera rappelée le dimanche 25 novembre à 10h30 à la chapelle de Port-Royal de Paris (123 Bd de Port Royal, 75014), en ouverture à la messe dominicale.

Introduction par M. Jean MESNARD de la Société des Amis de Port-Royal. Proclamation du texte du Mémorial. Messe de la solennité du Christ Roi, dont la prédication sera assurée par M. Philippe SERS, diacre, enseignant au collège des Bernardins.

 

Pascal.pngLa conversion de Blaise Pascal est liée à Port-Royal de Paris, qu'il fréquentait depuis l’entrée au monastère, début 1652, de sa sœur Jacqueline (Sr Jacqueline de Sainte-Euphémie). Elle nous est connue à travers le célèbre texte du 'mémorial', écrit sur un petit parchemin retrouvé après sa mort cousu dans la doublure de son vêtement, par lequel il exprime son expérience mystique de la "nuit de feu'", vécue dans la nuit du 23 au 24 novembre 1654, « depuis environ dix heures et demi du soir jusque environ minuit et demie... »

 

Le texte du mémorial témoigne de la décision qu’il prend alors de se soumettre à Jésus Christ, et à son directeur (de conscience), l’abbé Antoine Singlin, alors aumônier du monastère. 

memorial-pascal.jpg

http://www.amisdeportroyal.org/societe/

11/11/2012

De quel « martinisme » s’agit-il ? (à propos d’un récent ouvrage de Serge Caillet et Xavier Cuvelier-Roy)

« (…) le principe des ténèbres est venu se mêler à ces voies et y produire cette innombrable multitude de combinaisons différentes et qui tendent toutes à obscurcir la simplicité de la lumière. » (Louis-Claude de Saint-Martin, Ecce Homo, § 4) 


1814795446.jpgSerge Caillet et Xavier Cuvelier-Roy, Les Hommes de désir – Entretiens sur le martinisme, le Mercure Dauphinois, septembre 2012.

Une critique, sur les réseaux sociaux, classa radicalement la savante mais nonchalante initiative dans la littérature de gare. Nous ne l’affirmerons pas, car il se dit bien des choses dans cet ouvrage de vulgarisation[1], exactes, du point de vue de la petite histoire – essentiellement –, comme de la grande. Il mérite une attention particulière, par son objet, par la sincérité évidente de ses auteurs mais aussi, affirmons-le clairement, par les impasses d’une confusion dont il témoigne autant qu’il la favorise.

Entendons-nous sur ce point, car il ne s’agit pas d’une critique de principe, d’auteurs à l’indéniable respectabilité et qui font autorité, dans les domaines dont il est question. Nous savons bien ce qu’il en est effectivement du « martinisme », et nous nous accordons sur ce point : depuis l’étonnante intuition de Papus (Gérard Encausse, 1865-1916), ce vocable, il faut bien l’admettre, et l’ouvrage en témoigne abondamment, regroupe toutes sortes d’initiatives, à la lisière, le plus fréquemment, d’un hermétisme para-maçonnique protéiforme, fort éloigné du seul héritage du « Grand Siècle » et de l’illuminisme européen, porté par le théosophe d’Amboise. La citation de Robert Amadou, posée en préambule, et jouant sur l’homonymie des termes et des familles de pensée (Martinès, Saint-Martin, les francs-maçons de Régime Rectifié) est pertinente, sauf à cautionner, en particulier chez Serge Caillet, une étonnante régression dans l’approche qualitative de la voie « selon l’interne », ne faisant pas mystère de ses préférences :

« La connaissance de la doctrine réelle du martinisme est (…) indispensable à ceux qui veulent s’engager dans la voie de la théurgie cérémonielle de Martinès, c’est évident » (p.139) ; « j’entends parfois, ici où là, lit-on de même, qu’il conviendrait d’opposer Saint-Martin à Martinès, à la fois quant à la doctrine et quant à la pratique » (p.108), prenant à témoin les rapprochements de Robert Amadou qui, certes, sut tracer en son temps, l’admirable parenté des maîtres illuministes, tout en reconnaissant, faut-il le rappeler, que « par la prière, acte de la théurgie suprême, l’homme s’élève aux sphères supérieures dont les sphères visibles ne sont que les simulacres » (Robert Amadou, Préface in L.-C. de Saint-Martin, L’homme de désir, p.13) ou, de façon plus prégnante encore, que « Louis-Claude de Saint-Martin, s’est aperçu très vite que la théurgie cérémonielle était un pis aller. Et il s’en est aperçu à la suite de Martinès de Pasqually lui-même (…) Autrement dit, pour Martinès de Pasqually, la théurgie cérémonielle est indispensable parce que nous avons besoin d’intermédiaires, nous avons besoin de médiateurs, nous avons besoin d’assistance. Pour Louis-Claude de Saint Martin, un seul médiateur, un seul intermédiaire, un seul auxiliaire est nécessaire, c’est Notre Seigneur Jésus-Christ » (Robert  Amadou, Louis-Claude de Saint Martin, le Philosophe Inconnu, France Culture le 31 juillet 1986). Ces références-là, de la part de ceux qui s’en réclament ses continuateurs – et il y aurait beaucoup à dire sur ce point[2] – objectivement, nous aurions aimé les lire.

Et quant à la pratique elle-même, il aurait été plus honnête, plutôt que d’en appeler à des exégèses récentes et circonstanciées, d’humblement s’en tenir aux radicales mises en garde – que chacun connaît – de Louis-Claude de Saint-Martin lui-même lorsqu’il affirmait notamment que « …toutes les sciences que Don Martinès nous a léguées sont pleines d'incertitudes et de dangers…ce que nous avons est trop compliqué et ne peut être qu'inutile et dangereux, puisqu'il n'y a que le simple de sûr et d'indispensable… » (Saint-Martin aux coëns du Temple de Versailles, Lettre de Salzac, mars 1778) ou que, jugeant avec sévérité sa première école, il indiquait que « ces établissements (…) servent quelquefois à mitiger les maux de l'homme, plus souvent à les augmenter, et jamais à les guérir…. ceux qui y enseignent ne le font qu'en montrant des faits merveilleux ou en exigeant la soumission » (extrait du recueil de correspondance de Saint-Martin, avec MM. Maglasson, De Gérando, Maubach, etc., appartenant à M. Munier, lettre du 5 août 1798).

Etonnantes confusions, disons-nous, d’autant que l’ouvrage plaide, avec pertinence par endroits, pour un salutaire « retour à Saint-Martin », qui trancherait d’avec les univers composites savamment décrits : « moins de folklore de la Belle-Epoque, plus de saint-martinisme ! » (p.127).

Dangereuses confusions, cette fois, lorsqu’il s’agit de clore un tour d’horizon de la franc-maçonnerie willermozienne par un hommage appuyé aux travaux de Jean-François Var, en raison, précisément – et c’est là toute la difficulté que nous relevons – des fonctions ecclésiales de ce « théologien de haut niveau, ce qui donne une saveur particulière à ses propos ! » (sic) et qui allie « une science maçonnique certaine et une grande connaissance, en particulier du Régime Rectifié, avec une solide formation théologique orthodoxe » (p.46). Au moins, les liens sont-ils affirmés. Au mépris, certes, des principes fondamentaux d’une maçonnerie rectifiée, pour laquelle « du moment qu’on mêle la religion à la maçonnerie, dans l’Ordre symbolique, on opèrera sa ruine » (Jean-Baptiste Willermoz).

Mais au-delà du fond, dont on retiendra les limites comme les qualités propres, nous n’avons pas apprécié la forme, disons-le tout aussi clairement. La tonalité de l’échange, est de la veine des appréciations blasées d’un conseil de classe, où l’élève attend avec crainte, le verdict qui le confirmera dans son « martinisme », priant pour que les foudres du Proviseur et du Conseiller principal, n’entachent à tout jamais son bulletin trimestriel. Dieu merci, la plupart y échappent, hormis les espaces virtuels, objets d’anathèmes étonnants (« car nous savons désormais que la captation de l’occultisme [sic !] par les voyous est en marche et Internet s’y prête parfaitement », p.136), de la part de celui qui diffuse – qui plus est avec un certain talent !  – ses « cours de martinisme » par correspondance, depuis plusieurs années déjà. Ou certaines questions épineuses, peut-être gênantes, liées aux imbrications entre certains martinismes et la maçonnerie égyptienne – histoire « tellement navrante que je préfère m’abstenir d’en parler et même de m’y intéresser » (S.Caillet, p.120) – et à l’héritage de l’OMI de Robert Ambelain – « une autre affaire qui moi non plus ne m’intéresse pas » (X. Cuvelier-Roy, p.125) –

Quant au « retour à Saint-Martin », pourtant plaidé, il n’en restera que peu de choses sur le plan doctrinal, auquel on préfèrera, sans doute, le simple usage consolant que l’on fait essentiellement de ses écrits. Car nous y sommes : la bonhommie du dialogue, matinée de bons sentiments et d’un « postulat sur la liberté » (p.141), s’oppose à l’opacité intellectuelle,  présumée chez d’autres : « Il ne servirait à rien, nous dit-on, d’expliquer la doctrine de Martinès de Pasqually par exemple, ou encore la pensée de Louis-Claude de Saint-Martin dans une forme d’écriture bellement élaborée, certes, mais encore plus compliquée à saisir ! » (p.141). Une pédagogie minimaliste s’accommode parfois, semblerait-il, d’un goût prononcé pour la pire complexité de quelques artifices rituels[3].

La condescendance est flagrante, au sens littéral du terme : « attitude bienveillante teintée d’un sentiment de supériorité, de mépris ».  

Puisse-t-elle n’être que le reflet d’un choix éditorial, et non d’une réelle posture.

Voir également, à propos de la parution de cet ouvrage, le compte-rendu des nos amis du Crocodile, portant plus particulièrement sur cette interrogation : « Les Hommes de désir seraient-ils fâchés avec Jacob Boehme ? »

http://lecrocodiledesaintmartin.wordpress.com/2012/11/02/les-hommes-de-desir-seraient-ils-faches-avec-jacob-boehme/

cropped-crocodile-cuvier-bannic3a8re.jpg



[1] « Oui, nous espérons avoir fait preuve de vulgarisation,  avec l’usage de mots simples dans un environnement et des acteurs qui ne le sont pas » (p.141)

[2] Etait-il, notamment, indispensable de s’imaginer révéler l’identité du fameux Maharba (p.44) – qui n’en demandait pas tant – au risque de personnifier, et donc de déprécier, ce qu’il écrivit d’essentiel, au sujet de la Grande Profession willermozienne ?

Par ailleurs, lorsque Serge Caillet indique que « Robert Amadou m’a transmis en 1994, la filiation martiniste qu’il avait lui-même reçu de Robert Ambelain sous l’occupation » (p.130), cette affirmation, pour le moins, mériterait quelques précisions efficaces, dès que son auteur fait le choix de s’en ouvrir au lecteur.

[3] « (…) l’Ordre coën des temps modernes s’est lui aussi ramifié, mais il demeure bien vivant quoique réservé, me semble-t-il, à celles et ceux, peu nombreux, qui en ont la vocation. » (p.139)

 

30/10/2012

"Souviens-toi de celui qui a bien voulu s'en charger et les laver dans le sang de son corps"

 

LCSM.jpg« Seigneur, comment oserais-je me regarder un instant sans frissonner d'horreur sur ma misère ! J'habite au milieu de mes propres iniquités qui sont les fruits de mes abus dans tous les genres, et qui sont devenus comme mon vêtement ; j'ai abusé de toutes mes lois, j'ai abusé de mon âme, j'ai abusé de mon esprit, j'ai abusé et j'abuse journellement de toutes les grâces que ton amour ne cesse journellement de répandre sur ton ingrate et infidèle créature. C'est à toi que je devais tout offrir et tout sacrifier, et je ne devais rien offrir au temps qui est devant tes yeux, comme les idoles, sans vie et sans intelligence, et cependant je ne cesse d'offrir tout au temps, et rien à toi ; et par là je me précipite d'avance dans l'horrible abîme de la confusion qui n'est occupée qu'au culte des idoles, et où ton nom n'est pas connu. J'ai fait comme les insensés et les ignorants du siècle qui emploient tous leurs efforts pour anéantir les redoutables arrêts de la justice, et faire en sorte que cette terre d'épreuve que nous habitons ne soit plus à leurs yeux une terre d'angoisse, de travail et de douleur. Dieu de paix, Dieu de vérité, si l'aveu de mes fautes ne suffit pas pour que tu me les remettes, souviens-toi de celui qui a bien voulu s'en charger et les laver dans le sang de son corps, de son esprit et de son amour ; il les dissipe et les efface, dès qu'il daigne en faire approcher sa parole. Comme le feu consume toutes les substances matérielles et impures, et comme ce feu qui est son image, il retourne vers toi avec son inaltérable pureté, sans conserver aucune empreinte des souillures de la terre. C'est en lui seul et par lui seul que peut se faire l'œuvre de ma purification et de ma renaissance ; c'est par lui que tu veux opérer notre guérison et notre salut, puisqu'en employant les yeux de son amour qui purifie tout, tu ne vois plus dans l'homme rien de difforme, tu n'y vois plus que cette étincelle divine qui te ressemble et que ta sainte ardeur attire perpétuellement à elle comme une propriété de ta divine source. Non, Seigneur, tu ne peux contempler que ce qui est vrai et pur comme toi ; le mal est inaccessible à ta vue suprême. Voilà pourquoi l'homme méchant est comme l'être dont tu ne te souviens plus, et que tes yeux ne sauraient fixer, puisqu'il n'a plus aucun rapport avec toi ; et voilà cependant cet abîme d'horreur où je n'ai pas craint de faire mon séjour. Il n'y a pas d'autre alternative pour l'homme : s'il n'est perpétuellement plongé dans l'abîme de ta miséricorde, c'est l'abîme du péché et de la misère qui l'inonde ; mais aussi, il n'a pas plutôt détourné son cœur et ses regards de cet abîme d'iniquité, qu'il retrouve cet océan de miséricorde dans lequel tu fais nager toutes tes créatures. C'est pourquoi je me prosternerai devant toi dans ma honte et dans le sentiment de mon opprobre ; le feu de ma douleur desséchera en moi l'abîme de mon iniquité, et alors il n'existera plus pour moi que le royaume éternel de ta miséricorde. Amen

(Louis-Claude de Saint-Martin, Prière IV)

 

Jésus01.jpg

24/10/2012

Le "signe" de notre réconciliation n’est pas à chercher obscurément et désespérément derrière les fumées de cérémonies à l’origine douteuse.

jésus02.jpg

 

« Quelle est donc la conséquence concrète de cette « réconciliation » obtenue à la Croix par le Christ qui s’offrit en sacrifice comme offrande pour nous libérer du péché de notre premier père selon la chair d’Adam ? La réponse est simple : nous permettre d’entrer dans le Sanctuaire, nous faire passer à travers le voile qui est, concrètement, la chair du Divin Réparateur, afin de nous unir à lui en sainteté : « Car par une seule offrande, il a rendu parfaits à perpétuité ceux qui sont sanctifiés. C’est ce que le Saint-Esprit nous atteste également. (…) Or, là où il y a pardon des péchés, il n’y a plus d’offrande pour le péché. Ainsi donc, frères, nous avons l’assurance d’un libre accès dans le Sanctuaire par le sang de Jésus, accès que Jésus a inauguré pour nous comme un chemin nouveau et vivant au travers du voile, c’est-à-dire de sa chair ; et nous avons un souverain sacrificateur établi sur la maison de Dieu. Approchons-nous donc d’un cœur, avec une foi pleine et entière, le cœur purifié d’une mauvaise conscience et le corps lavé d’une eau pure. » (Hébreux X, 14-22).

Que peut donc bien signifier la recherche d’une réconciliation telle que proposée au sein des élus coëns par les pratiques de théurgie magique, alors que la réconciliation a déjà été « opérée » par le Christ sur la Croix ?

La réponse est évidente, et s’impose d’elle-même : cela n’a strictement aucun sens !

 

circonférences02.jpg


Photo tirée du film Le martinisme, des origines à nos jours, de Laurent Germain Maury, Mercure production, sur www.martiniste.org

Aujourd’hui, il s’agit bien plutôt, pour les âmes de désir depuis l’événement du Golgotha, de vivre de la vie divine en sachant que la réconciliation est une chose qu’elles détiennent par le sang de Jésus-Christ : « Lorsque nous étions encore pêcheurs, Christ est mort pour nous. A bien plus forte raison, maintenant que nous sommes justifiés par son sang, serons-nous sauvés par lui de la colère. Car si, lorsque nous étions ennemis, nous avons été réconciliés avec Dieu par la mort de son Fils, à bien plus forte raison, étant réconciliés, serons-nous sauvés par sa vie. Plus encore, nous nous glorifions en Dieu par notre Seigneur Jésus-Christ par qui maintenant nous avons obtenu la réconciliation. » (Romains V, 8-11).

Insistons sur le fait qu’il n’était pas possible aux hommes, au cours des âges antécédents, de se réconcilier par eux-mêmes avec Dieu, ils en étaient incapables à cause de leur déchéance et de leurs crimes : les sacrifices de l’ancienne loi ne pouvaient donc être efficaces afin de les laver du péché. Le Christ a, pour cette raison, réconcilié l’humanité entière en accomplissant ce qui ne pouvait être obtenu par personne, par aucun offrande « car il est impossible que le sang de taureaux et de boucs ôte les péchés » (Hébreux X, 4). L’œuvre de réconciliation est de ce fait totalement accomplie, c’est une chose achevée pleinement : « Nous avons maintenant reçu la réconciliation » (Romains V, 11), et si elle est accomplie en plénitude, cela signifie qu’elle est accomplie non pour les hommes seulement, mais pour toutes choses créées : « en lui, toute la plénitude s’est plu à habiter, et par lui, à réconcilier toutes choses avec elle-même » (Colossiens I, 19-20).

La réconciliation possède à ce titre une immense portée, englobant dans son action « les choses qui sont sur la terre » et celles « qui sont dans les cieux », les choses visibles et invisibles. La réconciliation accomplie peut donc être qualifiée, à juste titre, « d’universelle ».

Et cette « réconciliation universelle », qui est tout à la fois un don parfait et une œuvre accomplie, est également un ministère, un ministère de réconciliaton qui a pour fonction d’annoncer l’œuvre réalisée par le Christ qui a libéré les hommes des prescriptions de l’ancienne alliance : « Tout cela est l’ouvre de Dieu, qui nous a réconciliés avec lui par le Christ et qui nous a confié le ministère de la réconciliation. En effet, Dieu était en Christ, réconciliant les hommes avec lui-même, sans tenir compte de leurs fautes, et il a fait de nous les dépositaires du message de réconciliation. » (II Corinthiens V, 18-19).

Ainsi, soutenir que l’homme qui a foi en Jésus-Christ, après le sacrifice de la Croix, serait toujours dans une position d’être déchu, frappé par la condamnation du péché s’il ne se livrait pas à l’exercice de pratiques magiques ou théurgiques, en sous-entendant qu’il est encore contraint  de coopérer à sa rédemption par ses propres industries individuelles, est une hérésie, c’est du pur pélagianisme, une folie induisant l’insuffisance du sacrifice du Christ doublée d’une profonde absurdité théologique. Rappelons que l’action de grâce s’effectue en l’âme non à cause de nos mérites, ou de notre activité fusse-telle de nature religieuse ou spirituelle, mais par l’effet d’un « don gratuit », c’est-à-dire d’une donation pure et entière non soumise à condition, si ce n’est celle de notre foi.

Oublier ceci c’est retomber tragiquement, tête la première, dans le légalisme judaïque. Or, par la Croix : « Nous avons été déliés de la loi, étant morts dans ce en quoi nous étions tenus » (Romains VII, 4-6), nous sommes délivrés de la puissance de la loi, et il est heureux pour nous qu’il en soit ainsi, « car tous ceux qui sont sur le principe des œuvres de loi sont sous malédiction » (Galates III, 10). Il n’y a, et d’ailleurs l’homme ne me peut pas par ses propres forces, à collaborer à notre rédemption, mais à accueillir et vivre de la grâce. Par la mort de Jésus-Christ, nous avons été délivrés pour toujours de la loi et du principe de la loi. Tel est l’enseignement, le principe de la nouvel ère inaugurée par le Christ, faisant qu’il est inutile d’attendre un « signe » de notre réconciliation qui serait le but « sublime et ultime » d’opérations provenant d’un culte ou de rites théurgiques, car ce signe, « sublime et ultime, n’est pas à chercher obscurément et désespérément derrière les fumées de cérémonies à l’origine douteuse, il barre toute l’Histoire de l’humanité de sa lumière magnifique et porte pour nous un nom, un nom connu, bienfaisant et universel : la Croix !

De ce fait, la puissance en mesure de produire le fruit de la resacralisation de la création défigurée par la chute, la force apte à régénérer l’homme, non seulement en ses premières propriétés, vertus et puissances spirituelles divines, mais en sa destination céleste déifiante, soit la grâce sanctifiante qui opéra notre réconciliation avec l’Eternel, provient, non de nous et de nos dérisoires procédés, mais d’un autre – le second Adam – qui opéra par l’esprit et nous délivra des conséquences de la chute par son sang (I Jean, 7).

Au lieu donc d’œuvrer stérilement en utilisant des artifices humains et des rituels magiques, au mieux dénués de validité et au pire dangereux, nous avons à nous confier intérieurement dans le Divin Réparateur. Plutôt que de chercher et espérer vainement des résultats hypothétiques dans des opérations matérielles, il faut que nous laissions Jésus-Christ « opérer » en nous selon l’énergie de sa puissance divine, pour purifier notre cœur et conduire nos âmes éclairées de l’éternelle lumière incréée, à l’intérieur du Saint des Saints. »

 

Crucifixion-2.jpg

Jean-Marc Vivenza, Louis-Claude de Saint-Martin et les Anges. De la théurgie des élus coëns à la doctrine angélique saint-martiniste, Editions Arma Artis, 2012, pp.103-106

Saint-martin-et-les-anges.jpg

 

 

 

 

La "Réconciliation" a été obtenue par l’œuvre de la Croix

« Car par lui, nous avons les uns et les autres accès auprès du Père dans un même Esprit. » (Ephésiens II, 13-19)

thorns02.jpg

 

« Outre que cette dite « réconciliation », du point de vue de l’économie chrétienne a déjà été obtenue depuis longtemps par le sang versé du Christ sur la Croix et qu’il semble pour le moins étrange d’engager les hommes nés, non sous la loi mosaïque mais sous l’ère de grâce, et plus encore les baptisés, dans un travail qui fut réalisé parfaitement et entièrement sur le Golgotha – sauf à en nier la pleine suffisance ce qui était bien la position de Martinès de par sa christologie inexacte, faussée, incomplète et explique la raison de ses méthodes théurgique et son souci de contribuer à réaliser cette réconciliation espérée – il n’empêche que surgit et s’impose une question grave et pour le moins sérieuse à l’égard de ce culte coën qui se résume ainsi : comment désigner une recherche de réconciliation utilisant des procédés magiques qui écartent, voire ignorent l’œuvre de la Croix ?

Rappelons, au sujet de la réconciliation, que le Christ est précisément venu dans le monde afin d’effectuer une œuvre universelle de réconciliation : « Dieu était en Christ, réconciliant le monde avec lui-même, ne leur imputant pas leur faute » (II Corinthiens V, 19). La réconciliation a été fondée, selon Dieu, sur « la mort de son Fils » (Romains V, 10), mort qui fit passer la masse coupable des hommes de l’état de pécheurs à celui de justes devant le Père : « Celui qui n’a pas connu le péché, il l’a fait péché pour nous, afin que nous devinssions justice de Dieu en lui » (II, Corinthiens V, 21).

Ce fut une œuvre fondamentale, magnifique, miraculeuse, divine, et son prix a été celui de la douloureuse Passion du christ sur la Croix.

L’écriture précise bien que nous étions « autrefois étrangers et ennemis par nos pensées et par nos œuvres mauvaises », et avons été par Jésus-Christ « réconciliés dans le corps de sa chair, par sa mort » (Colossiens I, 21) ; c’est donc bien par la Croix que cette réconciliation a été donnée, offerte gratuitement aux hommes. Dorénavant cette réconciliation, si l’on se veut respectueux de la Sainte Ecriture, n’est absolument pas obtenue par des pratiques ou des cérémonies, elle est conférée au croyant pour qu’il puisse se tenir devant Dieu en sainteté, elle est octroyée de façon à nous purifier : « pour nous faire paraître devant lui saints, sans défaut et sans reproche » (Colossiens I, 22). Cette nouvelle position, en tant que créatures « réconciliées », nous donne ainsi d’accéder librement auprès du Père, bénéficiant de l’effet de cette sainte réconciliation par Jésus-Christ qui a pris sur lui les fautes de l’Adam déchu : « Mais maintenant, en Jésus-Christ, vous qui autrefois étiez loin, vous êtes devenus proches par le sang du christ. Car c’est lui notre paix, lui qui des deux n’en a fait qu’un, en détruisant le mur de séparation, l’inimitié. Il a dans sa chair annulé la loi avec ses commandements et leurs dispositions, pour créer en sa personne, avec les deux, un seul homme nouveau en faisant la paix, et pour les réconcilier avec Dieu tous deux en un seul corps par sa Croix, en faisant mourir par elle l’inimitié. Il est venu annoncer comme une bonne nouvelle, la paix à vous qui étiez loin et la paix à ceux qui étaient proches ; car par lui, nous avons les uns et les autres accès auprès du Père dans un même Esprit. » (Ephésiens II, 13-19). Par le corps du Christ nous sommes dès lors héritiers de la vie éternelle et bénéficiaires de la réconciliation. L’œuvre de la Croix, qui a réalisé notre réconciliation, est de ce point de vue une œuvre complète, universelle et absolument parfaite. »

 

Murillo_Bartolome_Esteban-ZZZ-Crucifixion.jpg

 

Jean-Marc Vivenza, Louis-Claude de Saint-Martin et les Anges. De la théurgie des élus coëns à la doctrine angélique saint-martiniste, Editions Arma Artis, 2012, pp.101-102.

 

23/10/2012

"Les circonférences où séjournent les habitants obscurs"

circonférences.jpg

Photo tirée du film Le martinisme, des origines à nos jours, de Laurent Germain Maury, Mercure production, sur www.martiniste.org


« Cette autorité perdue, il convient d’en être convaincu, nous en sommes de nouveau détenteurs ; mais comme tout est mixte ici-bas, les ténèbres se mêlent au lumineux et nous sommes entraînés par l’ennemi vers les domaines étrangers, et ceci malgré nous, par delà notre volonté, car pour l’heure l’état passif de nos facultés ne nous permet pas de pouvoir nous libérer des attractions des cultes sensibles, et ne nous protège pas suffisamment pour nous autoriser imprudemment à nous risquer, avec une folle témérité et un orgueil insensé, dans les circonférences où nous ne maîtrisons en rien les habitants obscurs qui y séjournent déguisés, le plus souvent pour ne pas dire constamment, sous le voile de la trompeuse blancheur.

(…) nos imprudences nous plongent, en effet, perpétuellement dans les sombres abîmes des terres étrangères qui nous conduisent inexorablement vers la mort et la ruine, nous portent à faire brûler et inhaler les parfums viciés qui, radicalement, c’est-à-dire à la racine, tuent en nous l’esprit régénérateur pour y substituer la triste imitation de la vérité : " (…) Pour peu que nous nous prêtions à cette faiblesse secrète, qui nous porte tous à chercher hors de nous les appuis que nous ne pouvons trouver qu’en nous et pour peu que nous cessions d’être aussi naturels, aussi vrais et simples que des enfants au milieu des faveurs supérieures, qui nous sont encore quelquefois accordées ici-bas et aux missions spirituelles et divines dont il nous est possible d’être chargés, dès l’instant le principe des ténèbres nous aide lui-même à nous jeter de plus en plus dans ces régions extérieures. " (Louis-Claude de Saint-Martin, Ecce Home § 4). »

Jean-Marc Vivenza, Louis-Claude de Saint-Martin et les Anges. De la théurgie des élus coëns à la doctrine angélique saint-martiniste, Editions Arma Artis, 2012, pp.83-84

 

Robert Amadou : « Saint-Martin était plus chrétien que Martinès »

robertamadou.jpg

 

« Saint-Martin était plus chrétien que Martinès, voilà le nœud. Martinès l’était sans doute moins qu’il ne le déclarait et même qu’il ne le croyait ; Saint-Martin plus traditionnellement qu’il ne le confessait (je restreins mon propos à la christologie). Parce qu’il sent Jésus-Christ comme dieu, seigneur et Sauveur, il éprouve que le chemin direct, dont il privilégie le couloir théosophique, le seul peut-être qui atteigne le but, est devenu accessible à certains et que l’homme-esprit reçoit l’onction sacerdotale, selon l’esprit précisément qui seul importe puisque l’alliance a été rétablie. Par la prière, acte de la théurgie suprême, l’homme s’élève aux sphères supérieures dont les sphères visibles ne sont que les simulacres et dont le mouvement dirigé selon des lois et des rapports inaltérables enfante l’harmonie, et transmet les accords divins à l’universalité des êtres. Par la prière, l’homme tire Dieu de sa propre contemplation, il le réveille. Par la prière, l’homme communique avec Dieu… »

Robert Amadou, Préface in L.-C. de Saint-Martin, L’homme de désir, p.13.

22/10/2012

L’Ordre des élus coëns a disparu en 1781

 

« Satan lui-même se déguise en ange de lumière. » (II Corinthiens 11, 14)

Gotikrash-vip-blog-com-196752Symbol_of_Lucifer_Wallpaper[1].jpg

 

« L’Ordre qui encadrait et disait « protéger » les pratiques des élus coëns dans leur forme originelle, a disparu officiellement de la scène de l’Histoire en 1781 lorsque le deuxième successeur de Martinès, Sébastien Las Casas – qui remettra finalement en 1784, dans l’acte ultime du dernier Grand Souverain des coëns, l’ensemble des archives de l’Ordre aux Philalèthes – décida de la fermeture des derniers Temples encore en activité. De ce fait, et par-delà le caractère plus que problématique du culte magico-théurgique enseigné par Martinès à ses émules, les « néo-coëns » de désir actuels – se rattachant à l’une des deux branches des initiatives de résurgences contemporaines effectuées par Jean Bricaud (+1934) & Georges Bogé de Lagrèze (+1946) au XXe siècle sur lesquelles il y aurait beaucoup à dire – dénués de tous liens effectifs de transmission avec l’Ordre de Martinès, « opèrent » donc en l’absence de tout cadre protecteur du strict point de vue des critères initiatiques concrets, sachant que contrairement à ce que beaucoup imaginent, l’idée de succession légitime n’est pas un concept « guénonien », mais une notion traditionnelle commune aux sociétés initiatiques et à l’Eglise (saint Irénée [+202] et saint Hippolyte [+235] la défendent constamment) (…). »

Jean-Marc Vivenza, Louis-Claude de Saint-Martin et les Anges. De la théurgie des élus coëns à la doctrine angélique saint-martiniste, Editions Arma Artis, 2012, pp.42.


19/10/2012

Aristide Ahouandjinou (Aniel), Supérieur Inconnu - Grand Initiateur

« Il faut nous préparer, à chaque instant de nos vies, à gravir l’échelle de perfection. » (Aristide Ahouandjinou)

2672180915.jpgNous reproduisons ici le récent hommage, rendu à Aristide Ahouandjinou (1926-2009), personnage majeur du martinisme contemporain, si emblématique de la figure angélique d’Aniel - qui en était la référence tutélaire - et dont les bénéfices continuent de se répandre, aujourd’hui encore, chez ceux qui, parmi les hommes de désir, en ont reçu la charge peu commune d’en assurer la transmission.

Notre regretté Frère Aristide Ahouandjinou, que nous chérissions et regardions comme un authentique sage et un maître authentique,  était né  à Covè en Janvier 1926. Marié, père de 6 enfants, il fit ses études primaires, de 1934 à 1942, à Abomey, l'ancienne et célèbre capitale du grand royaume du Dahomey [1], où il obtiendra son certificat d’études primaires élémentaires. De  1943 à 1946, il se forma à la carrière d’enseignant à l’Ecole Normale de Darbou en Côte d’Ivoire, carrière à laquelle il souhaitait se destiner. Dès 1946, il commencera sa vie professionnelle d’instituteur , métier qu’il exerça avec un investissement et une foi véritable, ce qui lui vaudra d’être nommé, par la suite, directeur d’établissement scolaire.

Par delà cette activité professionnelle éducative et pédagogique qu’il exercera avec grand cœur et une immense générosité, il fut nommé, remarqué par ses dons et son sens aigu de l’analyse, en 1961, sous-préfet adjoint de Zangnanado, puis fut appelé à une tâche de choix et d’excellence, puisque désigné comme Directeur de Cabinet de feu le 1er Président du Dahomey, Monsieur Sourou Migan Apithy.

Du point de vue initiatique, domaine où il s’investira avec constant enthousiasme et une conviction jamais démentie, la vie de notre Frère Aristide sera non moins intense et riche. Initié le 14 avril 1968 à la Respectable Loge « La Solidarité » à l’Orient de Cotonou, il est, le 23 février 1971, reçu Compagnon par cette même Loge, puis, le 27 juin 1972, élevé comme Maître Maçon au sein de la Respectable Loge « La Justice ».

Membre fondateur de plusieurs loges qui bénéficièrent de ses précieuses lumières et de son savoir, il faut souligner, et surtout insister sur ce qui deviendra l’un des éléments principaux de sa vie initiatique et spirituelle, soit son investissement à l’intérieur de la voie Martiniste, telle que définie et tracée par Louis-Claude de Saint-Martin, le Philosophe Inconnu, puis réveillée en 1887 par  le Dr Gérard Encausse, plus connu sous le nom de Papus (1865-1916).

Il entre comme Associé dans l’Ordre martiniste à Abidjan en 1960, et fut reçu Supérieur Inconnu en 1962, puis Supérieur Inconnu Initiateur en 1963. Il choisira comme nomen, c’est-à-dire comme non initiatique Martiniste, celui d’Aniel [2], nom angélique hautement significatif, puisque le 37e dans la liste des 72 anges de l’angélologie traditionnelle , celui qui, du choeur des « Puissances », s'incarne dans notre monde visible en symbolisant le courage et l'inspiration d'origine divine afin d’aider à l'étude des lois de l'univers, et accorde à celui qui l’invoque la connaissance des secrets de la nature tout en lui conférant une force morale qui se révèle surtout dans l'action, s’imposant par sa dignité et une maîtrise de lui-même et des situations qui suscitent un immédiat respect.

A ce titre, et de façon incontestable, il est évident que notre Frère Aristide, par sa sagesse, sa prudence, sa docte science, correspondra de façon étonnante aux qualités propres qui étaient celles de l’Ange tutélaire dont il portait magnifiquement le nom, et dont tous ceux qui eurent la chance et le bonheur de le côtoyer peuvent témoigner unanimement.

Après un intense et fructueux parcours Martiniste, il fut solennellement consacré, selon les usages vénérables, le 28 février 1973, Supérieur Inconnu Grand Initiateur (S.I.+G.I.), dans l’Ordre Martiniste de Philippe Encausse (1906-1984), fils de Papus, ultime et dernier degré de cette voie cardiaque et intérieure, faite de silence, d’humilité et de prière. Placé, par Philippe Encausse, le 18 juillet 1976, comme membre d’Honneur du Suprême Conseil Martiniste, aux côtés de Serge Hutin, d’Emilio Lorenzo, Charles Pidoux, Jean Servier et Robert Amadou, il sera de plus institué, insigne distinction, Grand Maître du Martinisme pour l’Afrique de l’Ouest.

Par ailleurs Réaux Croix de l’Ordre des Chevaliers Maçon élus coëns de l’Univers, Ivan Mosca l’ayant admis en septembre 2001 à Licenza près Rome dans ses circonférences, il était également membre du Suprême Conseil du Rite Ecossais Ancien et Accepté de l’Afrique de l’Ouest.

Nous conserverons de notre Frère Aristide Ahouandjinou, à titre personnel, la mémoire d’un homme d’une immense bonté naturelle, d’une gentillesse touchante, d’une grande douceur  ; d’un être doté d’une qualité d’écoute rare et quasi inépuisable, ainsi capable d’entendre, et partager pendant des heures, dans le secret le plus sensible des cœurs - reprenant comme lui seul savait le faire les fins de phrases de ses interlocuteur pour leur conférer un sens non entrevu - des trésors spirituels difficilement exprimables car relevant de l’ineffable essence des choses subtiles.

L’âme constamment tournée vers le Ciel, Aristide, en disciple de Saint-Martin, Maître Vénéré qu’il chérissait d’un amour sans égal, avait déjà établi, et ce depuis de longues années, son séjour dans l’invisible, lieu qui était devenu sa résidence habituelle et l’objet de tous ses espoirs en ce monde.

Aristide avait fait de « l’Echelle de Jacob » un référent initiatique, la base de ses méditations et de ses réflexions spirituelles. Il pensait souvent, en se référant à l’Echelle du Patriarche biblique, au mystère de la remontée de l’âme vers le Ciel, se dégageant des vapeurs de la matière, persuadé que tous nous attendait l’ultime remontée vers la région céleste et qu’il fallait, à chaque instant de nos vies, nous préparer à gravir le chemin de perfection.

Nous oserions dire de notre Frère, qui portait le prénom traditionnel emblématique de "SOMAKOU" - c'est-à-dire "le Rocher ne meurt pas", et le nomen initiatique d’ANIEL, qu’il « conversait naturellement avec les Anges », plus que jamais conscient au cours de son existence que la Parole de Dieu est portée par les esprits angéliques [3], et qu’il importe, dès lors, pour chaque homme de désir, d’être constamment à l’écoute de la Parole Divine dans l’exercice, fondamental s’il en est, de la prière et de la perpétuelle louange du Nom du Divin Réparateur le Messie YHSWH.   

« Nous n'avons autre chose à faire que de ne pas mettre obstacle aux progrès  et aux approches de l'Esprit sur nous. » (Louis-Claude de Saint-Martin, Leçon de Lyon n°96, 10 avril 1776)

Zacharie +  

Notes

1. De 1625 à 1900, douze rois se succédèrent à la tête du puissant royaume d'Abomey. A l'exception du roi Akaba, qui utilisa un enclos distinct, chacun fit édifier son palais à l'intérieur d'un enclos entouré de murs de pisé tout en conservant certaines caractéristiques de l'architecture des palais précédents dans l'organisation de l'espace et le choix des matériaux. Les palais d'Abomey fournissent un témoignage exceptionnel sur un royaume disparu.

2. Aniel est un nom angéliquecomposé à l’aide des lettres Aleph Noun Yod. Le Aleph provient de (Exode XIV, 19) : « L'ange de Dieu, qui allait devant le camp d'Israël, partit et alla derrière eux ». Le Noun provient de (Exode XIV, 20) : « Cette nuée était ténébreuse d'un côté, et de l'autre elle éclairait la nuit ». Le Yod provient de (Exode XIV, 21) : « Et l'Éternel refoula la mer par un vent d'orient ». Rappelons d’autre part que l’Angéologie traditionnelle et les Noms des 72 Anges qui en sont issus, proviennent d’un extrait de l’Exode (XIV, 19-21), qui décrit la traversée de la Mer Rouge avant la réception par Moïse des 10 Commandements. Ces trois versets de l’Exode, sont composés chacun de soixante douze lettres qui, prisent en associant chaque lettre du premier verset à une lettre des deux autres versets, nous donnent les noms des soixante-douze Anges. Certes, le nombre réel des anges est de loin bien supérieur à 72, car leur nombre est infini, mais on retiendra que chacun de 72 anges représente des manifestations divines qui furent classées ensuite en Ordres hiérarchiques par les Pères de l’Eglise :

SERAPHINS

CHERUBINS

TRONES

DOMINATIONS

PUISSANCES

VERTUS

PRINCIPAUTES

ARCHANGES

ANGES

3. N’oublions pas que les Anges, intimement attachés à Dieu, furent les premiers esprits crées lors du premier jour de la Genèse, et qu’ils entretiennent donc une relation extrêmement étroite avec l’Eternel. En effet, du latin angelus, transcription du grec aggelos (messager), « Ange » traduit l’hébreu maleak qui signifie (« messager » [de Dieu]). De ce fait, le nom des Anges n’est pas un nom naturel mais un nom surnaturel, un nom correspondant à une fonction au sein de la cour céleste, les Anges étant en premier lieu, comme le dira saint Augustin : « des esprits destinés à servir, envoyés en mission pour le bien de ceux qui doivent hériter du salut », rajoutant : « les anges sont des esprits, mais ce n’est pas parce qu’ils sont des esprits qu’ils sont des anges. Ils deviennent des anges quand ils sont envoyés en mission. En effet, le nom d’ange fait référence à leur fonction et non à leur nature. Si vous voulez savoir le nom de leur nature, ce sont des esprits ; si vous voulez savoir le nom de leur fonction, ce sont des anges, ce qui signifie messager. » (S. Augustin, La Cité de Dieu, liv. X, le culte de lâtrie).

 

18/10/2012

La doctrine de la réintégration des êtres

2337174499.jpg(Présentation extraite du site de l'éditeur )

Pour appréhender véritablement les enjeux de cette réflexion doctrinale importante s'il en est, il convient de clarifier deux points principaux relatifs à la sensibilité en effet « origéniste » qui fut partagée par Martinès de Pasqually (+ 1774), Louis-Claude de Saint-Martin (1743-1803) et Jean-Baptiste Willermoz (1730-1824), de sorte que nous puissions comprendre en quoi l'adhésion à leur doctrine représente, non une option du point de vue initiatique lorsqu'on est membre de ses voies, mais relève d'un enseignement spirituel auquel il est nécessaire d'adhérer, faute de quoi on se met soi-même en dehors des critères d'appartenance des Ordres dont le rôle est de préserver les éléments doctrinaux établis par leurs fondateurs.

Ainsi les trois études que nous publions touchant à la doctrine de la matière telle que soutenue par Martinès, Saint-Martin et Willermoz, font apparaître des thèses audacieuses relevant du « mysticisme spéculatif », rendant évidentes des distances importantes avec l'enseignement des confessions chrétiennes, ce qui n'a rien de surprenant au regard des idées du courant illuministe qu'il nous faut considérer et admettre pour ce qu'il est, à savoir une voie initiatique extra ecclésiale possédant son originalité et ses sources propres. Ces études ont pour but de susciter une certaine réaction et provoquer chez le lecteur, en quelque sorte, une interrogation salutaire en forme de choc, puisqu'une tendance se manifeste de façon de plus en plus insistante, en l'écrivant et le faisant savoir, visant à récuser les positions de l'illuminisme et à les désigner comme des déviances théologiques et des hérésies dualistes. Nous avons donc jugé qu'il était temps de réagir en exposant les fondements théoriques de ces courants relatifs à la doctrine de la réintégration, avant que n'advienne une incompréhension générale en forme de rejet à l'égard de la doctrine initiatique que véhicule les structures issues de la pensée martinésienne.

 

  • TitreLa doctrine de la réintégration des êtres
  • Auteur : J-M.Vivenza
  • Nb. pages: 232 pages
  • N° ISBN : 978-2-36353-018-9
  • Prix public : 31€
  • Poids : 410 g.
  • N°ISBN/ePub : N.A
  • Date édition : La Pierre Philosophale (2012) - actuellement en souscription jusqu'au 22 octobre - disponibilité novembre 2012  (tirage limité et numéroté)

 

10/10/2012

Le chevalier de Ramsay et la mystique du rite écossais rectifié


De la spécificité du rite maçonnique dit "rectifié"